« Tout, dans ce musée, respire la passion. Celle des collectionneurs qui ont su préserver non seulement les objets, mais aussi les émotions qui y sont attachées. On n’y vient pas seulement pour apprendre, mais pour se souvenir. Se souvenir d’un temps où le futur avait la forme d’un cube en plastique, où l’on tapait des lignes de code comme des incantations, où l’on insérait une disquette avec un mélange étrange d’espoir et de crainte. »
Pour peu, on se croirait dans une chambre d’adolescent devenue cathédrale. Un espace d’archives et de passion, où chaque objet exposé semble avoir été choisi avec la tendresse d’un collectionneur invétéré. Peek & Poke, niché à Rijeka, en Croatie, est un petit mais riche musée à deux étages, où les évolutions électroniques des XXe et XXIe siècles se soumettent au regard, et prennent la forme de pixels, de tubes cathodiques et de claviers jaunis par le temps.
Dès qu’on pousse les portes discrètes du musée Peek & Poke, une nostalgie ludique nous enveloppe. L’œil est immédiatement happé par un kaléidoscope de couleurs, de formes familières mais rétro. Des bornes d’arcade trônent fièrement au centre d’une salle, comme des vestiges d’un âge d’or du jeu vidéo, encore vivants, toujours jouables. Des titres cultes comme Mortal Kombat affichent leurs écrans d’accueil sur des téléviseurs surélevés, et avec un peu d’imagination, on entendrait presque les pièces tomber dans les fentes des machines.
Sur les murs, les étagères débordent de consoles vintage : NES, GameCube, Game Boy, Virtual Boy… Le panthéon Nintendo est là, aligné comme une armée de jeux prête à repartir au combat. PlayStation, Atari et les autres ne sont bien entendu pas en reste. Des vitrines exposent les plus belles pièces comme s’il s’agissait de reliques sacrées : éditions limitées, manettes ou écrans improbables, objets rares. Tout est soigneusement ordonné mais dans un joyeux désordre maîtrisé, qui contribue à donner au lieu l’âme d’un repaire d’amateurs éclairés.
Un mur entier est consacré aux machines à écrire, rangées en rangs serrés, presque militaires, dans une explosion de couleurs rétro : orange pop, vert forêt, bleu électrique. Ces témoins d’une époque où écrire était un acte sonore et tactile rappellent que la technologie a longtemps eu du poids, du métal et de l’encre. Quelque chose de physique, de tangible, de définitif.
L’étage du dessus change quelque peu de ton : plus feutré, peut-être plus studieux, presque muséal dans le sens classique du terme. Les murs rouges, verts ou orange abritent une collection disparate : des affiches d’époque, des calculatrices, des téléviseurs, des ordinateurs…
Les Apple de la grande époque règnent en maîtres dans une pièce entièrement dédiée. Des iMac G3 colorés s’alignent comme une bande d’écoliers bien disciplinés, tandis que les plus anciennes machines – Apple II, Macintosh Classic, Lisa – sont mises en scène, parfois dans des vitrines, comme des pièces d’art contemporain. Une frise d’affiches publicitaires court le long du mur, retraçant l’histoire d’Apple, de Steve Jobs à l’iPod. Les visiteurs peuvent ainsi voyager dans le temps et mesurer, écran après écran, l’incroyable vitesse de l’évolution technologique.
Apple n’est évidemment pas seul. Peek & Poke rend hommage à toute une époque de pionniers. On y croise les ancêtres du PC moderne, des ordinateurs personnels comme le Commodore ou le ZX Spectrum, ou des machines encore plus obscures, rangées dans des boîtes en bois vitrées. La diversité des formats, des claviers et des écrans rappelle l’effervescence créative d’alors, quand rien n’était encore figé.
Un sanctuaire de la culture geek et pop. Et pour parachever cet état de fait, une salle est dédiée au cinéma de science-fiction, avec ses affiches de films cultes (Brazil, 2001, l’Odyssée de l’espace, Superman, Retour de Godzilla) et ses vieux téléviseurs diffusant des séquences mythiques. Des projecteurs Super 8, des magnétoscopes Sony et des bobines argentiques racontent à leur manière l’histoire du divertissement, des salles obscures au salon familial.
Tout, dans ce musée, respire la passion. Celle des collectionneurs qui ont su préserver non seulement les objets, mais aussi les émotions qui y sont attachées. On n’y vient pas seulement pour apprendre, mais pour se souvenir. Se souvenir d’un temps où le futur avait la forme d’un cube en plastique, où l’on tapait des lignes de code comme des incantations, où l’on insérait une disquette avec un mélange étrange d’espoir et de crainte.
Peek & Poke n’est pas un musée froid, c’est un lieu vivant, où le visiteur peut interagir avec les objets exposés. Une lettre d’amour au génie humain, à l’inventivité sans cesse renouvelée et aux machines qui, de plus en plus, nous façonnent.
Jonathan Fanara

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