Le Dernier Jour d’un condamné : le plaidoyer de Victor Hugo contre l’échafaud

Publié initialement sans nom d’auteur pour laisser l’idée agir seule, Le Dernier Jour d’un condamné se révèle être un « plaidoyer, direct ou indirect, […] pour l’abolition de la peine de mort ».

Victor Hugo ne cherche pas à défendre un criminel en particulier, ce qui constituerait une tâche « transitoire » ; il propose une « plaidoirie générale et permanente pour tous les accusés présents et à venir » en déshabillant la question de la mort de toute rhétorique judiciaire pour la placer là où elle est réellement : « non chez le juge, mais chez le bourreau ». Le récit se présente comme un journal des états d’âme d’un homme dont le nom et le crime importent finalement peu. Captif de Bicêtre puis de la Conciergerie, il compte ses dernières heures dans une lutte psychologique atroce contre l’inéluctable. Ce condamné, autrefois libre et dont l’esprit était colonisé par les « jeunes filles » et les « batailles gagnées », se retrouve soudainement « captif », son corps aux fers et son esprit « en prison dans une idée » unique et sanglante.

Pour Victor Hugo, le pénitencier est bien plus qu’un bâtiment ; c’est une entité dévorante où « tout est prison […] sous la forme humaine comme sous la forme de grille ou de verrou ». Il décrit Bicêtre comme une « masure » dont les façades royales semblent atteintes d’une « lèpre », une « boîte de pierre » où l’on enferme l’homme en attendant de lui prendre sa tête. L’auteur dénonce l’hypocrisie sociale qui consiste à traiter le condamné avec une douceur feinte avant l’exécution, notant par exemple que « les égards d’un guichetier sentent l’échafaud ». Le romancier s’attaque frontalement aux justifications classiques de la peine capitale, notamment la théorie de l’exemple. Il affirme que le spectacle des supplices « démoralise [le peuple], et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu ». Il énonce cette faillite morale par l’exemple d’une troupe de masques venue danser autour d’un échafaud encore fumant un jour de carnaval.

Le texte de Victor Hugo souligne l’absurdité et la barbarie d’une peine qui frappe systématiquement des innocents, car en tuant un père, la société « décapite toute sa famille » et condamne ses enfants à l’opprobre ou à la misère. Il conteste également le prétendu caractère indolore de la guillotine, rappelant que la douleur morale de l’agonie, ici prolongée sur six semaines, est bien plus terrible que la chute du couperet. L’auteur n’hésite pas à décrire l’horreur physique des exécutions ratées, comme celle d’un homme dont la lame a manqué son but cinq fois, et a forcé un valet à achever le mourant avec un « couteau de boucher » sous les cris d’une foule indignée. Face à cette « justice ravalée aux stratagèmes et aux supercheries », il appelle à une transformation radicale de la pénalité où le crime serait traité comme une maladie, avec des « médecins qui remplaceront vos juges » et des « hôpitaux qui remplaceront vos bagnes ». Pour Victor Hugo, l’avenir de la civilisation exige que l’on puisse enfin dire : « Le bourreau s’en va ! », substituant ainsi la croix au gibet, et la charité à la colère.

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Jonathan Fanara



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