Trois regards sur Kiki la Petite Sorcière : quand Glénat célèbre Miyazaki

« Réunis, ces trois volumes offrent une expérience complémentaire. L’Art de Kiki la Petite Sorcière plonge dans les coulisses et éclaire le geste créateur. L’anime comics restitue la narration brute et la précision du découpage. L’album du film, enfin, condense l’essence du récit dans une forme accessible et adaptée aux plus jeunes. On y retrouve, à chaque fois, la force de l’anime : une fable initiatique qui parle à toutes les générations. »

Kiki a treize ans. Elle chevauche son balai entre deux mondes : l’enfance qu’elle quitte et l’avenir qu’elle ne peut pas encore apprivoiser. Depuis 1989, le film de Hayao Miyazaki a accompagné des générations entières, faisant écho au passage doux-amer de l’adolescence vers l’âge adulte. La sortie simultanée aux éditions Glénat de trois ouvrages consacrés à Kiki la Petite Sorcière – L’Art de Kiki la Petite Sorcière, l’anime comics et l’album du film – permet de redonner chair et souffle à l’un des récits les plus tendres et les plus lucides du Studio Ghibli.

À travers un récit linéaire et en apparence léger, Kiki la Petite Sorcière aborde avec à-propos des thèmes universels tels que l’apprentissage de l’indépendance, la difficulté de grandir, la perte de confiance en soi et la solitude de celles et ceux qui s’élancent pour la première fois hors du cocon familial. Hayao Miyazaki y dépeint le passage à l’âge adulte, perçu comme un chemin semé de doutes, de crises silencieuses, où même la magie – métaphore évidente du talent et/ou de la vocation – peut soudain s’estomper. C’est aussi une ode à la solidarité, à ces rencontres qui réenchantent : l’amitié, l’art, l’ouverture aux autres constituent autant de forces qui permettent à Kiki de se reconstruire et de réapprendre à voler.

L’Art de Kiki la Petite Sorcière : entrer dans l’atelier de Miyazaki

Avec ses plus de 200 pages, ce volume est probablement le plus précieux des trois. On y retrouve le script complet du film, des croquis préparatoires, des notes de mise en scène, des spécificités techniques et, surtout, des commentaires de Miyazaki lui-même. Kiki lui a été inspirée par les jeunes dessinatrices qu’il a formées au studio : indépendantes, parfois hésitantes, mais traversées d’une volonté de trouver leur place. Le livre révèle aussi combien ce long métrage occupe une place charnière dans l’histoire de Ghibli. Après Mon Voisin Totoro et Le Tombeau des lucioles, il vient marquer l’affirmation d’un studio capable de conjuguer la douceur du quotidien et des questionnements existentiels bien plus profonds qu’il n’y paraît. Kiki, c’est la petite sorcière érigée en archétype d’une jeunesse confrontée au vertige de la liberté.

Kiki la Petite Sorcière – L’Anime comics : le film en cases

576 pages pour revisiter l’intégralité du film, image après image, sous forme de bande dessinée. Ce format généreux permet de se replonger dans l’histoire sans passer par l’écran. C’est en quelque sorte le film qui se feuillette. On (re)découvre une apprentie sorcière qui quitte le cocon familial pour gagner une ville côtière où elle doit survivre de ses talents. Et le tout se déploie ensuite avec une délicatesse rare. Chaque rencontre, de Tombo l’aviateur enthousiaste à Ursula l’artiste solitaire, accompagne et accentue un parcours initiatique qui entre en résonance avec le passage à l’âge adulte. Kiki découvre la vertu, l’ingratitude, la solidarité. Les cases de l’album mettent par ailleurs en valeur la richesse graphique du maître nippon : le ciel immense où Kiki se perd, les rues typiques de Koriko ou encore l’émerveillement des premiers vols.

Kiki la Petite Sorcière – Album du film : la magie des images

Plus ramassé, avec ses 112 pages, l’album du film est un livre illustré pensé comme une porte d’entrée accessible, presque comme un conte à feuilleter. Il reprend les grandes scènes de l’histoire, en les accompagnant d’illustrations et de textes narratifs. C’est sans doute l’ouvrage destiné aux plus jeunes. Une célébration idoine de la poésie visuelle et narrative de Hayao Miyazaki. Les images, libérées du flux du récit animé, retrouvent ici la plénitude de tableaux : elles viennent en appui du texte, lors des moments-clés.

Trois variations autour d’un même sortilège

Réunis, ces trois volumes offrent une expérience complémentaire. L’Art de Kiki la Petite Sorcière plonge dans les coulisses et éclaire le geste créateur. L’anime comics restitue la narration brute et la précision du découpage. L’album du film, enfin, condense l’essence du récit dans une forme accessible et adaptée aux plus jeunes. On y retrouve, à chaque fois, la force de l’anime : une fable initiatique qui parle à toutes les générations. Derrière l’histoire d’une petite sorcière, Hayao Miyazaki raconte, on l’a vu, la fragilité de la jeunesse confrontée au monde adulte, la peur de l’échec, mais aussi la possibilité de renaître par l’amitié, la création et la confiance en soi. Kiki vole ; elle tombe, elle doute, mais surtout elle repart de l’avant et recommence. Et avec elle, le lecteur aussi s’élève un peu.

Fiche produit Amazon

Jonathan Fanara


L’Art de Kiki la Petite Sorcière, Hayao Miyazaki – Glénat, septembre 2025, 208 pages

Kiki la Petite Sorcière, Hayao Miyazaki – Glénat, septembre 2025, 576 pages

Kiki la Petite Sorcière – Album du film, Hayao Miyazaki – Glénat, septembre 2025, 112 pages


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