
Sa verve farceuse, son apparence burlesque, sa subversion des objets du quotidien, sa gestuelle presque plastique : Charlie Chaplin, et par extension son personnage-phare, Charlot, ont redéfini la comédie au cinéma. Analyse en trois parties.
Elle est immédiatement reconnaissable. L’apparence de Charlot se caractérise par une tignasse indisciplinée, une petite moustache, un chapeau melon posé sur la tête, une redingote étriquée, un pantalon trop large, une canne en bambou et d’énormes souliers. Cette silhouette au fort potentiel burlesque, complètement décalée, est devenue iconique, symbole d’une maladresse attachante et de la résistance des plus démunis face à l’adversité.
Charlie Chaplin, c’est aussi une gestuelle où le pantomime et l’improvisation vont bon train. Ses personnages se meuvent avec une sorte d’étourderie gracieuse. Leur énergie se fait souvent aussi frénétique que leur désinvolture est désopilante. Les mouvements sont exagérés et mécaniques. Ils deviennent une source intarissable de rire, par leur imprévisibilité et leur absurdité.
Le comédien britannique était par ailleurs un maître du détournement, capable de transformer les objets du quotidien en accessoires comiques inattendus. Par exemple, dans Charlot dans le parc, il crée un dispositif farfelu avec des saucisses, sur son veston, pour pouvoir manger régulièrement. Dans La Ruée vers l’or, on le verra déguster une chaussure, tandis que dans Les Temps modernes, son corps va épouser jusqu’à s’y confondre les mécanismes mis en branle dans une usine.
L’humour de Charlie Chaplin ne se limite toutefois pas à la simple bouffonnerie. Il repose sur une profonde connaissance de l’âme humaine et une sensibilité sociale aiguë. Son personnage de Charlot est un vagabond, un marginal qui se heurte aux conventions sociales et aux injustices de son époque. Ses mésaventures, souvent drôles et touchantes à la fois, font état, avec ironie, des travers de la société moderne.
Ce n’est pas un hasard si le génie de Charlie Chaplin a profondément marqué les artistes de l’avant-garde. Son personnage, perçu comme une figure de la modernité, a inspiré de nombreux écrivains, peintres et cinéastes. Les surréalistes, en particulier, ont vu en Charlot un symbole de la subversion poétique du monde et un maître de l’automatisme corporel. S’il se défendait de toute intention intellectuelle ou artistique préconçue (« Je ne fais pas de plans compliqués, je ne prémédite rien ; je sais simplement ce qui est bon ou mauvais »), Chaplin a fait mouche, puis école.
Son personnage s’est extirpé du cinéma muet pour traverser les époques et les cultures. Aujourd’hui encore, son humour intemporel continue de faire rire et d’émouvoir des générations de spectateurs. Mélange unique de gags visuels, de profondeur émotionnelle et de conscience sociale, Charlie Chaplin prend incontestablement rang parmi les grandes figures du septième art.
J.F.

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