
La célébrité projette une ombre parfois écrasante. Rock, mythes et tragédies se penche sur celle des chanteurs et musiciens qui, en dépit du soutien de millions d’admirateurs, ont été engloutis par la gloire et ses excès. Michele Primi et Enzo Gentile publient aux éditions L’Imprévu un beau-livre richement illustré, comprenant 67 récits d’artistes à la trajectoire tragique.
Le tristement célèbre « Club des 27 » cohabite dans Rock, mythes et tragédies avec des icônes telles que Ian Curtis, John Lennon, Michael Jackson, Elvis Presley, Prince, Marvin Gaye ou Chester Bennington. Autant d’artistes ayant connu le succès avant de se brûler les ailes sur le feu de la rampe. Pour eux, la notoriété a souvent exacerbé une souffrance déjà latente. Ils ont payé le prix fort d’une exposition médiatique incessante et de pressions publiques insupportables, ne trouvant souvent refuge que dans l’addiction et l’autodestruction.
En contemplant les vies brisées du « Club des 27 », composé de Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Kurt Cobain ou encore Amy Winehouse, on comprend aisément que le talent et la gloire ne sont souvent que des emplâtres sur une jambe de bois. Ces artistes, tous décédés à l’âge de 27 ans, représentent une génération qui a redéfini la musique tout en luttant contre des démons personnels tenaces. Le guitariste légendaire Jimi Hendrix est mort d’une overdose, tout comme Janis Joplin ou Jim Morrison, le charismatique chanteur des Doors. De son côté, Kurt Cobain, icône du grunge et de Nirvana, a mis fin à ses jours après une lutte acharnée contre la dépression et l’addiction.
Ces tragédies mettent en lumière la vulnérabilité inhérente à la célébrité. Les pressions médiatiques, les attentes du public et l’isolement que procure la renommée créent parfois un cocktail toxique. Sans compter que d’autres paramètres entrent aussi en ligne de compte. Ainsi, Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, était en proie à une épilepsie sévère incompatible avec la vie de rockstar, et ses médicaments alimentaient une dépression profonde. John Lennon a été abattu par un fan déséquilibré devant son domicile à New York. Michael Jackson, le « Roi de la Pop », a vécu une vie marquée par l’exploitation, la solitude et la controverse. Ses transformations physiques, les accusations judiciaires et son isolement croissant ont creusé en lui un gouffre qu’aucun succès ne pouvait combler. Pour Prince comme pour Elvis Presley, l’overdose médicamenteuse a endossé le costume peu flatteur de Faucheuse.
Ce qui unit tous ces artistes, au-delà de leur talent indéniable, est une souffrance profondément humaine, amplifiée par la célébrité et ses épreuves. Ce que montrent avec clarté Michele Primi et Enzo Gentile, c’est que le vernis éclatant de la gloire cache souvent des âmes tourmentées, en quête de paix et de réconfort qu’elles ne trouvent jamais pleinement. Bien entendu, les courts portraits (de deux à dix pages, avec une grande place accordée aux photographies) ne suffisent pas à rendre compte du vécu de ces artistes, mais ils permettent au moins de présenter succinctement leur parcours, leurs espoirs et la manière dont la tragédie les a court-circuités.
Ce modus operandi laisse par ailleurs la place aux anecdotes. Les auteurs reviennent par exemple sur la première guitare de Bob Marley, fabriquée avec une boîte de sardines et des fils électriques dénudés, sur l’engagement politique de Sam Cooke, qui classa 29 titres au hit-parade américain entre 1957 et 1964, ou encore sur le dernier concert de Chester Bennington, disparu quelques jours à peine après avoir réuni 90000 personnes à Monza. De son côté, le grand Elvis a vu son cousin vendre une photographie de son cadavre pour 18 000 dollars. Ce cliché a fini en couverture du numéro le plus vendu du magazine National Enquirer. Glaçant.
J.F.

Rock, mythes et tragédies, Michele Primi et Enzo Gentile –
L’Imprévu, juin 2024, 272 pages

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