
À n’en pas douter, l’histoire du cinéma, passionnante, émaillée de nouveautés et de ruptures, mérite un examen des plus attentifs. De par son infinie richesse, il nous faut cependant diviser cette évocation en plusieurs parties. Il y en aura donc neuf au total, dont nous vous livrons ici la deuxième.
2. Les pionniers du cinéma
2.1 Georges Méliès et le cinéma de spectacle
Illusionniste de formation, Georges Méliès prend rang parmi les pionniers du cinéma de spectacle. Dès la fin du XIXe siècle, il a commencé à réaliser des films qui utilisaient des effets spéciaux innovants pour créer des mondes fantastiques et raconter des histoires extraordinaires. Son œuvre la plus célèbre, Le Voyage dans la Lune (1902), reconnue par l’UNESCO, est habituellement considérée comme le premier film de science-fiction de l’histoire. Méliès a utilisé des techniques inventives de montage, des surimpressions et des arrêts de caméra pour créer des illusions à l’écran, établissant ainsi les bases du cinéma de genre et des effets spéciaux.
En plus de ses innovations techniques, Méliès était également un conteur hors pair. Il a combiné sa passion pour la magie et la prestidigitation avec le potentiel du cinéma pour créer des œuvres qui émerveillaient et captivaient le public. Ses films étaient remplis de créatures fantastiques, de décors élaborés et de scénarios imaginatifs. Si ses techniques pouvaient sembler primaires selon les normes actuelles, elles n’en demeuraient pas moins révolutionnaires à l’époque, et elles ont amorcé l’évolution des effets spéciaux et du cinéma de genre. Georges Méliès a jeté les bases du cinéma de spectacle et inspiré d’innombrables réalisateurs, parmi lesquels Fritz Lang et Stanley Kubrick, en les invitant à repousser les limites de ce qu’il était possible de montrer à l’écran.
2.2 Les premiers studios et producteurs
Avec l’essor du cinéma, la nécessité de produire des films de manière plus organisée et structurée, ainsi qu’à plus grande échelle, est devenue évidente. Cela a conduit à la création des premiers studios et à l’émergence des producteurs de cinéma. Ces entités ont conditionné l’évolution de l’industrie cinématographique, en fournissant les ressources nécessaires pour la production, la distribution et la promotion des films. Des studios comme Pathé en France et Universal aux États-Unis ont été parmi les premiers à dominer l’industrie, établissant des normes et des pratiques qui perdurent dans le cinéma d’aujourd’hui.
Les premiers studios étaient des espaces sommaires, parfois de simples hangars, dans lesquels les films étaient tournés. Avec le temps, ils sont devenus de vastes complexes comprenant des décors de toutes sortes, des équipements dernier cri et des nuées d’équipes spécialisées. Les producteurs, quant à eux, ont pris en charge la gestion financière, la sélection des scénarios et la distribution des films. Ils ont également joué un rôle déterminant dans la carrière des acteurs, des réalisateurs et d’autres professionnels du cinéma. Dans le processus de création, leur poids a parfois outrepassé celui du metteur en scène, à tel point que certaines œuvres ont été « défigurées » au montage. Orson Welles en sait quelque chose… L’émergence de ces studios et producteurs a contribué à professionnaliser l’industrie et a conduit à la création de certains des films les plus emblématiques de l’histoire du cinéma.
2.3 L’évolution du langage cinématographique
Le cinéma, en tant qu’art et industrie, a beaucoup évolué au cours de ses premières années. L’un des aspects les plus importants de cette mutation a été le développement du langage cinématographique. Au début, les films étaient de simples enregistrements d’événements ou de scènes de la vie quotidienne. Cependant, avec le temps, les cinéastes ont commencé à expérimenter, à user de techniques telles que le montage, les angles de caméra, la mise en scène et la narration. Ces innovations ont permis de raconter des histoires plus complexes et expressives, transformant le cinéma d’une simple curiosité en un puissant moyen de communication et d’expression artistique.
Des réalisateurs comme D.W. Griffith aux États-Unis ont été les pierres angulaires de l’évolution du langage cinématographique. Ce dernier a en effet introduit des techniques telles que le gros plan, le montage parallèle et narratif ou la profondeur de champ, qui sont ensuite devenues des éléments essentiels du cinéma. Par après, les cinéastes n’ont eu de cesse de manipuler le temps, l’espace et la perspective, créant ainsi des expériences visuelles plus immersives et émotionnelles. Le cinéma a même acquis la capacité d’influencer l’opinion publique, intégrant de ce fait les propagandes nationales, et il a su refléter les réalités sociales et culturelles de son époque.
2.4 Le rôle du cinéma dans la société de l’époque
Le cinéma, dès ses débuts, a eu un impact profond sur la société. Il s’est érigé en miroir reflétant les réalités, les aspirations et les rêves des peuples. Les films ont non seulement diverti, mais ils ont aussi informé, éduqué et influencé l’opinion publique. Que ce soit à travers des actualités, des documentaires ou des films de fiction, le cinéma a abordé des sujets sociaux, politiques et culturels, provoquant des débats et des discussions. On l’a vu œuvrer à la formation de l’identité culturelle, en promouvant des valeurs, des idéaux et des modes de vie spécifiques à différentes époques et sociétés. L’un des exemples les plus emblématiques a été en rapport avec le nazisme : d’un côté, Adolf Hitler et Joseph Goebbels se sont entourés de cinéastes tels que Leni Riefenstahl ou Karl Ritter pour promouvoir leur régime et ses idéaux ; de l’autre, Charlie Chaplin a pu jeter en pâture et satiriser le Führer dans une comédie mordante, Le Dictateur (1940).
En parallèle, les salles de cinéma sont rapidement devenues des lieux de rassemblement social où les gens venaient non seulement pour être divertis, mais aussi pour être informés des événements mondiaux grâce aux actualités projetées avant les films. Ces derniers ont également servi de porte-voix pour aborder des questions controversées, immortalisant ou interrogeant les normes sociales de leur temps. On citera les exemples d’Intolérance (1916) de D.W. Griffith ou des Temps modernes (1936) de Charlie Chaplin, qui ont respectivement critiqué les injustices sociales et les maux de l’industrialisation. Ainsi, le cinéma s’est fait l’outil, puissant, de la critique sociale, l’expression artistique et la formation de la conscience collective.
J.F.

Laisser un commentaire