
Abed Nadir (Community), Tony Soprano (Les Soprano), Carrie Mathison (Homeland), Billy Chenowith (Six Feet Under), Sam Gardner (Atypical) : les séries télévisées n’hésitent plus à mettre en scène des personnages aux fêlures psychologiques et spécificités neurologiques évidentes. Ce phénomène a d’ailleurs inspiré un livre au psychiatre hospitalier Christophe Debien (Nos héros sont malades, 2020). RadiKult’ vous en propose un aperçu (non exhaustif), à travers quelques cas emblématiques.
Abed Nadir (Community)
Les trais autistiques d’Abed Nadir sont un héritage du showrunner Dan Harmon, qui a basé le personnage sur sa propre personne. Il confessera ainsi à Kevin Pollak que c’est en portraiturant l’étudiant de Greendale qu’il a mis le doigt sur son trouble du spectre de l’autisme, ensuite objectivé par un professionnel. Dans Community, Abed ne fait pas de la figuration. Il est pleinement intégré dans le groupe d’étudiants autour duquel s’articule la série. Bien que les créateurs ne l’aient jamais formellement diagnostiqué, Abed présente des caractéristiques propres au syndrome d’Asperger. Il possède une connaissance encyclopédique du cinéma et de la télévision, qui le fascinent au point d’influencer sa compréhension du monde et des interactions sociales. Il a du mal à appréhender les subtilités sociales, un peu à l’instar de Sheldon Cooper (The Big Bang Theory), ce qui peut parfois rendre difficile la communication avec ses pairs. Malgré cela, Abed est apprécié et respecté de ses amis. Il forme d’ailleurs un tandem important pour la dynamique de Community avec Troy Barnes. Tous deux ont en commun des distractions insolites (le freestyle) et parfois contagieuses (le fort constitué de couvertures).
Tony Soprano (Les Soprano)
Mafieux, père de famille, tantôt glaçant tantôt pathétique, Tony Soprano souffre de dépression et de stress post-traumatique, des troubles probablement enracinés dans la violence inhérente à ses activités criminelles, ainsi que dans ses traumatismes d’enfance. Sa dépression et ses angoisses sont révélées au spectateur dès le début de la série, par une soudaine crise de panique, et elles constitueront un fil rouge permettant au personnage de commenter ses propres actes dans le cabinet feutré de sa thérapeute, presque en prise directe. Ce discours méta-textuel grandit la série de David Chase, en lui conférant un double fond d’une profondeur insoupçonnée. Les troubles de Tony ne sont évidemment pas sans impact sur sa famille et son organisation criminelle. Ils mènent souvent à des conflits et contribuent à déstabiliser les « affaires ».
Carrie Mathison (Homeland)
Carrie Mathison est un agent de la CIA vivant avec un trouble bipolaire. Ses périodes d’euphorie maniaque la conduisent à prendre des décisions impulsives et audacieuses qui, bien que souvent bénéfiques pour sa carrière, mettent cependant sa vie en danger. En parallèle, ses phases dépressives profondes peuvent la placer en situation d’incapacité, professionnelle mais aussi maternelle. Sa relation étroite avec Saul Berenson, supérieur amical, respectueux mais parfois paternaliste envers elle, va plusieurs fois se voir affectée par la maladie. Tout au long d’Homeland, l’instabilité de Carrie a un impact considérable sur ses activités et ses relations personnelles, souvent exacerbé par le secret et le péril propres à ses fonctions.
Billy Chenowith (Six Feet Under)
Personnage secondaire, Billy Chenowith présente un trouble de la personnalité limite. Ce dernier se caractérise par une instabilité émotionnelle, une impulsivité et une peur intense de l’abandon, des traits qui se prêtent parfaitement à Billy. Ces fragilités psychologiques ont pu être influencées par un environnement familial instable, pour ne pas dire toxique. Ses fixations sur des individus spécifiques créent souvent le désarroi, voire le chaos, notamment dans la vie de sa sœur ou de Claire Fisher. Tour à tour attachant et inquiétant, le jeune artiste semble constamment en état de dépendance, surtout affective. Il s’insinuera plus d’une fois de manière malheureuse dans l’histoire d’amour (accidentée) entre Nate et sa sœur Brenda, faisant obstacle à leur épanouissement et leur autonomie émotionnelle.
Sam Gardner (Atypical)
Atypical ne met pas l’autisme sous le tapis. Elle le met en scène frontalement, avec sensibilité, à travers l’histoire de Sam Gardner, un adolescent cherchant à avancer dans la vie malgré ses particularités neurologiques. Ses difficultés à assimiler les normes sociales et son obsession pour des sujets peu communs (comme l’Antarctique et les pingouins) sont bien entendu éminemment représentatives de ses troubles. Sa famille, toujours aimante, se démène souvent pour répondre à ses besoins. Cette série souligne par le menu les défis auxquels sont confrontées les personnes autistes et leurs proches. Elle démontre aussi, et manière claire, leur aptitude à mener une existence accomplie.
Dexter Morgan (Dexter)
Dexter Morgan est un tueur en série tout sauf ordinaire. Analyste en projections de sang pour la police de Miami le jour, il se mue en vengeur sanguinaire le soir. Il se caractérise par un trouble de la personnalité antisociale (psychopathie), conjuguant le manque d’empathie, une tendance (contrôlée) à l’impulsivité et des difficultés à nouer des liens émotionnels avec les autres. L’intérêt de la série Dexter réside dans sa dualité morale. D’un côté, notre héros est un tueur impitoyable suivant un code de conduite élaboré par son père adoptif, Harry. De l’autre, il travaille dans la police de Miami comme expert et défend la loi à sa manière, en ne s’en prenant qu’aux criminels les plus infâmes passés entre les mailles de la justice. Les conflits internes de Dexter demeurent profonds. Hanté par son passé, notamment par le traumatisme de l’assassinat de sa mère, il s’emploie au quotidien à canaliser ses pulsions meurtrières et à maintenir intacte la façade de respectabilité qu’il a patiemment façonnée. En outre, du point de vue du spectateur, il court-circuite les stéréotypes habituels associés aux héros dans les séries télévisées.
Monica Geller (Friends)
C’est probablement celle dont la place dans cette liste est la moins évidente et, partant, la plus discutable. Pourtant, il nous fallait évoquer le cas de Monica Geller, personnage-phare de la sitcom Friends. L’amie de Rachel et Phoebe présente en effet un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) non diagnostiqué. Monica se montre obsédée par l’ordre, la propreté et le contrôle, de tout et en toutes circonstances – ou presque. Elle régente la cuisine de son restaurant, son couple et même ses relations amicales d’une main de fer (pas toujours assortie du gant de velours). Soit autant de caractéristiques typiques du TOC. Bien que souvent employé comme un ressort comique dans la série, ce trait de caractère a des répercussions notables sur ses relations, tant personnelles que professionnelles. Ce qui rend peut-être cet exemple si intéressant, c’est le développement de stratégies d’adaptation et l’acceptation de petits renoncements tout au long de la série : un placard-débarras, un esprit de compétition exacerbé ou encore une mise au diapason sociale.
J.F.

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