La Vie en plus : chronique d’un corps malade

« Cette alternance entre l’intime et le scientifique caractérise La Vie en plus. Pendant que la recherche progresse, Marion, elle, lutte pour maintenir l’équilibre familial. La maladie s’invite dans le couple, bouleverse la relation aux enfants, érode parfois la patience. »

Quand le cancer frappe, tout va trop vite. Dans cet album sensible et documenté, paru aux éditions Glénat, Izabo et Juliette Vaast racontent ce moment de bascule, et ce qui vient après : les soins, les liens, la recherche, la reconstruction.

Il y a d’abord le choc. Le diagnostic tombe comme un couperet, brutal, sans préambule. Marion n’est pas prête – comment le serait-on ? – à voir sa vie basculer dans une mécanique médicale dont elle ignore encore tout. Cyto-ponction, examens, puis chimiothérapie adjuvante : tout s’enchaîne à une vitesse vertigineuse. Très vite, ses cheveux tombent. Très vite aussi, ses repères s’effacent. Le quotidien d’avant n’existe plus. Un nouveau monde s’ouvre, fait de salles d’attente, de perfusions, de vocabulaire clinique et d’angoisses sourdes.

C’est cette traversée que raconte La Vie en plus, sans pathos inutile, mais avec une justesse presque documentaire. L’album épouse le point de vue de Marion tout en laissant régulièrement la parole aux soignants. On comprend peu à peu les protocoles, les étapes cliniques, les choix thérapeutiques. Mais surtout, on ressent ce que vivent celles et ceux qui sont affectés par la maladie.

Au fil des chimiothérapies, Marion rencontre d’autres patients. Des visages fatigués, des sourires timides, des complicités qui naissent dans la promiscuité des fauteuils et des couloirs hospitaliers. La maladie crée une communauté fragile, généreuse en encouragements discrets. Ces liens, éphémères parfois, toujours essentiels, deviennent une véritable force de survie.

En parallèle, l’album élargit son champ et nous emmène dans les coulisses de Gustave Roussy, véritable cité médicale où soins et recherche avancent de concert. On y découvre Alexis, chercheur en oncologie, dont la spécialité consiste à comprendre pourquoi certaines cellules cancéreuses résistent aux traitements. À travers lui, le récit révèle un lieu entier dédié à l’innovation, un écosystème où biologistes, cliniciens et consorts travaillent à décrypter l’ennemi intime qu’est le cancer.

Cette alternance entre l’intime et le scientifique caractérise La Vie en plus. Pendant que la recherche progresse, Marion, elle, lutte pour maintenir l’équilibre familial. La maladie s’invite dans le couple, bouleverse la relation aux enfants, érode parfois la patience. Et puis surgissent aussi des présences inattendues : une bénévole des Blouses Roses, par exemple, figure d’un accompagnement humain salutaire, là pour alléger l’attente, offrir un mot, une écoute, une normalité fugace. Une fonction invisible, mais capitale.

Lorsque la rémission arrive enfin, elle ne signe pas pour autant la fin du parcours. Marion entame une hormonothérapie, traitement de fond indispensable pour réduire le risque de récidive. La reprise du travail est à la fois une victoire et une source d’angoisse : comment redevenir « comme avant », quand on ne l’est plus vraiment ?

L’ouvrage aborde également l’apport croissant de l’intelligence artificielle, nourrie de millions de données médicales. Capable de détecter certaines tumeurs plus précocement, d’anticiper des rechutes potentielles, elle aide aujourd’hui à guider les décisions thérapeutiques et à personnaliser les soins. Une médecine de plus en plus fine, où la technologie vient épauler l’humain sans s’y substituer.

En fin d’album, un dossier pédagogique vient prolonger la lecture. On y découvre la figure du professeur Gustave Roussy, considéré comme le père de la cancérologie moderne, mais aussi l’histoire et le fonctionnement du centre qui porte son nom. Premier établissement de lutte contre le cancer en France et en Europe, il fabrique chaque jour des centaines de traitements, entre robotisation de pointe et ajustement sur mesure. On y aborde tout le spectre de la maladie : prévention, cancer, accompagnement, protocoles thérapeutiques et recherche fondamentale.

Un album nécessaire, à la fois doux et rigoureux, qui donne à voir une chaîne entière – du laboratoire à la salle d’hôpital, du diagnostic à la rémission, de la cellule rebelle au geste rassurant. Une œuvre qui rappelle aussi que derrière chaque patient, il y a une histoire.

Jonathan Fanara


La Vie en plus, Izabo et Juliette Vaast – Glénat, 4 février 2026, 96 pages


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