Michael Scott, un patron dans les bureaux de Dunder Mifflin

Capture d’écran

Figure centrale du mockumentaire The Office US, Michael Scott dirige une succursale de Dunder Mifflin sise à Scranton, en Pennsylvanie. Son rôle ? Accroître la vente de papier et de fournitures de bureau tout en manageant une équipe disparate soumise aux pressions économiques. Persuadé en toute circonstance de tenir la note juste, il se produit pourtant avec un instrument cruellement désaccordé. Ses premières apparitions instituent tôt le portrait sans filtre d’un chef en quête d’amour plus que d’efficacité, égaré entre maladresse sociale et besoin compulsif de reconnaissance.

Directeur régional autoproclamé visionnaire, Michael Scott n’a aucune assise académique et dirige surtout avec l’intuition naïve d’un enfant qu’on n’a jamais détrompé. Dès la saison 1, il impose un style de management fondé sur la blague forcée, les sketches improvisés en plein open space et les maladresses RH que n’importe quelle entreprise réelle aurait déjà transformées en épais dossier disciplinaire. Il veut être le patron cool, le mentor, le meilleur ami, bref tout ce qu’un cadre supérieur n’est pas censé être. Alors, il organise des jeux de rôle gênants, il multiplie les traits d’humour déplacés, il délègue les décisions et annonces difficiles à un subalterne psychorigide… Résultat : un chaos permanent où chaque décision semble bricolée dans l’urgence, davantage sous impulsion affective que logique.

Chaque épisode vient amplifier ce portrait : Michael n’est pas méchant, il est aveuglé. Par l’idée qu’il faut divertir pour motiver, qu’il convient de se montrer ouvert et décalé pour être aimé. Ses séances de formation dégénèrent régulièrement, ses tentatives pour fédérer l’équipe finissent systématiquement en eau de boudin et les quelques sorties publiques le montrent persuadé de faire le bien alors qu’il fonce plus souvent qu’à son tour dans le mur, sous les regards médusés de ses employés. Le comique ne naît pas vraiment de la blague : The Office US l’inscrit dans l’écart entre la perception du protagoniste et la réalité telle qu’elle se traduit à l’écran. Il y a un gouffre abyssal entre l’intention et l’effet.

Comment, alors, ce personnage qui accumule les bévues tient-il encore debout ? Grâce à sa sincérité. Michael n’est ni cynique ni manipulateur. Il veut plaire, rassembler, insuffler une harmonie bon enfant dans un espace de travail pourtant fondamentalement désincarné – un open space où tout le monde semble s’ennuyer et attendre la fin de la journée. Les scénaristes ont caractérisé un patron qui confond le bureau avec une famille, et qui se perçoit comme un patriarche protecteur. C’est un besoin d’affection qui suinte derrière chaque décision. Et cela le rend touchant, attachant, même à contrecœur – lorsqu’il tourne en dérision telle minorité, allonge une pausée déjeuner pour affronter son adjoint sur un tatami ou fait des promesses en l’air qu’il ne parvient jamais à honorer.

Il faut le voir inventorier avec aplomb ses qualités devant une caméra, avant de se décomposer lentement devant l’inanité de ses décisions. Michael Scott est l’archétype du chef catastrophique dont l’humanité empêche le rejet total. Il est le bouffon et le cœur battant de la série, la source du malaise et du rire. C’est peut-être là, finalement, l’essence du personnage : un homme persuadé d’être la solution, alors qu’il est, le plus délicieusement possible, le problème qui, paradoxalement, fait tout fonctionner.

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Jonathan Fanara


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