Photogramme (#12) : Maman, j’ai raté l’avion

Capture d’écran

Ce photogramme est issu du film Home Alone (traduit en français par Maman, j’ai raté l’avion), réalisé par Chris Columbus en 1990. L’image fixe un moment de comédie burlesque qui caractérise parfaitement ce film devenu culte : l’un des cambrioleurs, Marv (interprété par Daniel Stern), vient tout juste de subir les effets douloureux d’un nouveau piège tendu par le jeune héros, Kevin McCallister, laissé seul à la maison par des parents étourdis. Assis douloureusement sur le sol, le voleur grimace de douleur, les pieds nus meurtris, conséquence directe de son entrée précipitée – et illicite – dans la pièce. Sans y prendre gare, il a marché sur les décorations de Noël volontairement placées au sol. L’expression outrée de l’acteur accentue la dimension slapstick du moment.

La composition de l’image repose sur une forte opposition entre la chaleur esthétique de Noël, illustrée par le sapin scintillant à gauche, ses guirlandes multicolores et l’ambiance feutrée du salon, et la violence comique infligée à Marv. Nous sommes dans un intérieur bourgeois, douillet, à l’image de cette vaste maison de banlieue américaine cossue. Mais ce cadre rassurant est violé par l’intrusion de deux cambrioleurs (dont un à l’image) bien décidés à tirer profit des départs en vacances de Noël. Il y a là une tension programmatique : la féerie hivernale et l’enfance font face à la criminalité opportuniste. Le cadre, en légère contre-plongée, place le spectateur dans une position de témoin complice d’un châtiment mérité.

Le film tout entier repose sur un contraste assumé entre l’innocence de l’enfance et la brutalité quasi cartoonesque des épreuves imposées aux cambrioleurs. Ici, l’image du sapin de Noël, cœur symbolique du foyer, est détournée, pervertie en un instrument de torture domestique. Les décorations féériques deviennent des armes. Cette subversion ludique de l’environnement donne lieu au renversement de pouvoir sis au cœur du film : un enfant seul parvient à défendre son territoire contre deux adultes maladroits et malintentionnés. Kevin défend son domicile avec les moyens du bord, et c’est diablement efficace !

Marv figure l’imbécile dans le duo qu’il forme avec Harry (Joe Pesci). Ce plan atteste visuellement de sa fonction de souffre-douleur, dans la tradition du cinéma muet et des cartoons à la Tex Avery. Il est à noter que l’absence de chaussures accentue son humiliation et sa vulnérabilité, tout en rappelant la « physicalité » extrême du comique employé dans le film : les corps sont malmenés, projetés, brûlés, cloués, sans conséquences réelles, comme dans un univers de dessin animé. Marv et Harry peuvent trébucher, être sonnés, endurer les pires souffrances, mais ils se relèvent toujours.

Ce plan intervient dans la seconde partie du film, lorsque la maison, transformée en une forteresse piégée, devient le théâtre d’un affrontement entre ruse enfantine et bêtise adulte. Il se superpose à d’autres du même acabit, qui montrent les cambrioleurs dans des positions peu enviables. Bien qu’à première vue anodin, il condense en réalité les tensions majeures du film : l’affrontement entre monde adulte et enfantin, la subversion des objets domestiques, la stylisation de la violence à travers le prisme du burlesque et la réappropriation de l’espace domestique comme terrain de jeu et de guerre. L’iconographie de Noël, omniprésente, fonctionne ici à contre-emploi et vient renforcer la singularité d’un film qui, chaque année, à l’approche des fêtes, se rappelle à notre bon souvenir.

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Jonathan Fanara


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