
Sorti en 1996, Scream a revitalisé le genre du slasher en y intégrant une dimension méta inédite. Le film de Wes Craven ne se conforme que partiellement aux codes établis du genre ; en revanche, il les déconstruit en les exposant directement à travers ses personnages. Dès la scène d’ouverture, où Casey Becker, incarnée par Drew Barrymore, est interrogée sur ses connaissances en cinéma horrifique avant d’être attaquée, le film établit un dialogue direct avec le spectateur, conscient des clichés et des attentes associés au genre…
Des personnages conscients de leur rôle
Dans Scream, les personnages ont parfaitement intégré les règles des films d’horreur. Randy Meeks, interprété par Jamie Kennedy, personnifie à lui seul cette méta-conscience, en énonçant explicitement les règles pour survivre dans un slasher : ne pas avoir de relations sexuelles, ne pas consommer d’alcool ou de drogues, et ne jamais dire « Je reviens tout de suite ».
Cette énumération n’a pas lieu pour guider les personnages – lesquels s’en affranchissent aussitôt – mais elle fonctionne idéalement comme un clin d’œil au public averti. Elle renforce la complicité entre le film et son audience. Cette dernière tend alors à se distancier des événements du film, mais la tension ne faiblit pas pour autant, car même si les personnages connaissent les règles, cela ne les empêche pas d’être pris au piège.
Mise en abyme
À partir de Scream 2, la franchise introduit la série fictive de films Stab, adaptation des événements survenus dans le premier opus. Cette mise en abyme vient renforcer la dimension méta en créant un film dans le film, où les personnages assistent à la représentation cinématographique de leurs propres expériences.
Cette technique rappelle le procédé utilisé plus tard par Charlie Kaufman dans Adaptation, où le scénario du film reflète le processus d’écriture du scénariste lui-même. Dans Scream, cette stratification narrative permet une réflexion sur la manière dont les médias transforment et exploitent les tragédies réelles, tout en offrant une critique de l’industrie cinématographique et de sa tendance à capitaliser sur le sensationnalisme.
Références cinématographiques
Scream est truffé de références explicites à d’autres films d’horreur, enrichissant ainsi son discours méta. Par exemple, le nom de famille de Billy Loomis est un double hommage, au psychiatre de Michael Myers dans la saga Halloween ainsi qu’au personnage de Sam Loomis dans Psychose, d’Alfred Hitchcock. Ce dernier se caractérisait aussi par la mort précipitée de sa star, exactement comme le fait Wes Craven avec Drew Barrymore dans l’ouverture de son film.
Scream fait à de nombreuses reprises allusion à des classiques tels que Halloween, Les Griffes de la nuit ou Vendredi 13, non seulement à travers les dialogues, mais aussi par des clins d’œil visuels et des situations narratives similaires. Cette intertextualité crée une toile complexe de références qui enrichit l’expérience du spectateur, en particulier pour les connaisseurs du genre. Wes Craven apparaît accoutré tel Freddy Krueger, Woodsboro est un ersatz du Haddonfield de La Nuit des masques et les jeunes adultes transformés en chair à canon commentent naïvement un slasher sans se rendre compte qu’ils vivent une situation similaire.
Ce n’est pas tout. Scream analyse volontiers l’évolution des tendances du cinéma d’horreur. Aussi, à partir de Scream 4, la saga commente l’ère des reboots et des remakes modernes, voire des « requels » (mélange de suite et de reboot). Il produit son propre discours, avec ce qu’il faut d’acuité, sur le genre qui l’accueille, et qu’il redéfinit en contrepartie.
Influence
L’approche méta de Scream a eu un impact significatif sur le cinéma d’horreur des années suivantes. Elle a engendré une vague de films conscients d’eux-mêmes, tels que Souviens-toi… l’été dernier ou Urban Legend, qui tentent de reproduire cette combinaison de suspense et d’autodérision. Aucun n’a cependant réussi à atteindre le même équilibre subtil entre hommage et innovation.
De plus, Scream a inspiré des parodies comme Scary Movie, qui poussent la dimension méta à l’extrême en tournant en dérision les clichés du genre. Cette tendance à l’autoréférence et à la déconstruction des codes narratifs s’est également manifestée dans d’autres genres, et on peut y voir le signe d’une œuvre qui a fait école.
Détournement des clichés
Le tueur Ghostface, qui semble au départ être un tueur implacable dans la lignée de Michael Myers ou Jason Voorhees, se révèle plus maladroit et vulnérable, démystifiant ainsi l’invulnérabilité des antagonistes classiques du slasher. Ghostface trébuche, tombe, échoue, et ses actions sont souvent commentées par les personnages, ce qui rend l’expérience dialogique en plus d’être effrayante.
Dans Scream, le personnage de Sidney Prescott, interprété par Neve Campbell, incarne la « final girl » classique, un concept bien établi dans le slasher. Il s’agit de la dernière survivante face au tueur. Mais contrairement aux autres personnages féminins des slashers classiques des années 70 et 80, souvent réduits à des rôles passifs, à des figures virginales ou à des victimes prévisibles, Sidney est un personnage complexe et résilient, doté d’une profondeur émotionnelle et d’une force psychologique qui vont bien au-delà des stéréotypes du genre. Confrontée à des traumatismes personnels, notamment le meurtre de sa mère, adoptant un comportement actif, parfois même agressif, envers ses agresseurs, elle entretient en plus une relation amoureuse avec Billy Loomis, ce qui, dans les conventions du slasher, aurait dû la disqualifier en tant que survivante.
J.F.

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