Snoop Dogg, du gangsta rap à l’icône populaire éternelle

À plus de 50 ans, Snoop Dogg incarne, par-delà le rap, la pop culture mondiale. Ascension fulgurante permise par Dr. Dre, participation au développement du gangsta rap, succès en tous genres dans l’industrie musicale, Calvin Broadus Jr. est devenu une authentique légende vivante. Son secret ? Une capacité hors norme à se réinventer, à divertir tous les publics et à s’imposer dans l’imaginaire collectif comme un “tonton cool” dont la notoriété dépasse largement le cadre du hip-hop. Retour sur la trajectoire fascinante d’un artiste qui, de son vivant, a déjà rejoint le panthéon des monstres sacrés de la musique.

Devenir une légende de son vivant n’est pas chose aisée. Dans le monde du rap, on réserve souvent ce statut aux disparus, sublimés par le mythe. Songez donc à Tupac et Biggie. Snoop Dogg, lui, a dynamité cette convention. Né Calvin Cordozar Broadus Jr. à Long Beach, en Californie, le 20 octobre 1971, il a d’abord grandi dans un environnement où la survie économique passait parfois par des actes répréhensibles. Très jeune, il découvre l’univers des gangs, les « Crips », et un quotidien marqué par la violence. Mais derrière cette réalité sociale apparaît rapidement une passion musicale : le rap. Dès l’adolescence, le jeune Calvin freestyle dans les couloirs de son école, aiguise sa plume, affine son flow, jusqu’à ce que la musique devienne son seul exutoire et la clef d’un futur qu’il ne soupçonne même pas encore.

Le déclic survient au début des années 1990, lorsqu’il rencontre Dr. Dre grâce à Warren G, son ami de longue date. Cette collaboration initiale a tout du conte de fées. L’album The Chronic (1992) de Dre consacre Snoop Doggy Dogg comme un MC à part, au timbre oisif, au phrasé traînant, en parfaite harmonie avec la G-Funk de la West Coast. Rapidement, Snoop conquiert les charts. Son premier album solo, Doggystyle (1993), entre directement numéro 1 du Billboard 200, un fait alors inédit dans l’histoire du rap. La rue, les clubs, les radios : partout, la voix de Long Beach s’impose, séduit, débite ses textes parfois douteux. Snoop Dogg devient la bande-son d’une génération qui découvre, fascinée, la cool attitude californienne.

Pourtant, sa trajectoire n’est pas linéaire. Alors qu’il s’apprête à régner sur l’industrie, il fait face à un procès pour meurtre, soupçonné d’implication dans un homicide lié à des rivalités de gangs. Le monde retient son souffle : Snoop est-il un simple criminel, ou l’incarnation artistique d’un environnement sociopolitique complexe ? En dépit de l’acharnement médiatique, bien exploité par son label, Death Row Records, il sort indemne du procès. Au lieu de briser sa carrière, cette affaire le propulse paradoxalement encore plus haut. Le bad boy du rap devient un personnage médiatique, une figure charismatique qu’on scrute, qu’on juge, mais qu’on écoute avant tout. Quand la justice finit par l’innocenter, le public, lui, ne voit plus seulement un rappeur, mais bel et bien une icône.

Si l’époque Death Row Records, avec les guerres intestines du hip-hop, laissent Snoop Dogg meurtri, notamment après la mort tragique de Tupac Shakur, il rebondit très vite. Loin d’être un artiste figé, il ne cesse de se réinventer. Il quitte Death Row, change de label, assouplit sa musique, collabore avec les Neptunes, Eminem, Justin Timberlake, Pharrell Williams, Katy Perry… La liste est infinie. Peu à peu, son image de gangster pur et dur s’efface au profit d’un personnage plus ludique, proche du Mac flamboyant, du dandy West Coast. De la pornographie soft aux caméos dans des blockbusters hollywoodiens, de la production TV à l’animation de shows culinaires, Snoop Dogg se transforme en référence pop globale. Il expérimente le catch, joue dans des sitcoms, apparaît dans des dessins animés, collabore avec des marques, des jeux vidéo. Il est partout.

Ce grand écart culturel, du rap pur jus à la pop la plus sucrée, aurait pu le faire sombrer dans le ridicule. Mais son charisme, sa décontraction innée et sa fidélité à un leitmotiv – rester lui-même, authentique, bon vivant, ouvert – le rendent imperméable aux attaques, quasi insubmersible. Les fans de la première heure, qui l’ont connu du temps de Doggystyle, acceptent ses évolutions, tandis que de nouvelles générations le découvrent à travers les featurings, la TV, le web, ses rôles au cinéma ou même ses apparitions avec l’humoriste Jamel Debbouze dans la BO d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Le résultat ? Aujourd’hui, petits et grands connaissent Snoop Dogg, même sans être mélomanes, tant sa présence médiatique est forte.

En 2012, il tente une reconversion vers le reggae sous le nom de Snoop Lion, suscitant l’incompréhension des Rastafari historiques. Qu’importe, il revient ensuite à la funk, puis à son blaze historique. Rien ne semble entamer sa popularité, ni ses expérimentations musicales, ni ses innombrables changements de style. Il est devenu un totem de la culture pop, un visage familier qui, contrairement à d’autres icônes, ne se prend jamais trop au sérieux. Son statut le protège, lui laisse une liberté totale, renforce encore et toujours son aura. Il peut toucher à tout, le public le suivra avec bienveillance.

Aujourd’hui, Snoop Dogg est invité sur la grande scène du Superbowl, reçoit son étoile sur le Walk of Fame à Hollywood, rachète le label Death Row… Parti de rien, et après avoir claqué des dizaines de sons indémodables, il termine maître de son propre héritage. Il perpétue la mémoire d’une époque, devient le garant d’un patrimoine culturel majeur. Rarement un artiste aura autant transcendé les frontières entre le rap, le divertissement, le cinéma, la télévision, l’entrepreneuriat… Le tout en restant cool, divertissant, et le plus souvent au-dessus des polémiques.

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R.P.


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