
Les éditions Larousse publient Lieux cultes du cinéma et des séries, ouvrage collectif mettant en exergue l’importance de l’espace – toutes acceptions confondues – dans la construction de l’image et du discours filmiques.
Au cinéma, les lieux ne sont jamais de simples décors. Ils suggèrent, grincent, vivent. Chaque mur écaillé, chaque ruelle sombre, chaque lumière blafarde raconte une vérité qui ne s’énonce pas toujours à voix haute. Ce sont des espaces pleins de failles, où l’ordinaire devient bouleversant. On s’y perd, on s’y abîme, on s’y trouve parfois aussi. Le cadre resserré d’un appartement, celui, plus large, d’une ville qui s’étire à l’infini : tout ça, c’est du cinéma avant même qu’on y dépose une histoire. Le lieu impose sa loi, fait plier les personnages à son rythme, les confronte à sa réalité nue.
Mais il y a aussi le souci du détail, la manière dont une caméra caresse une pièce vide, la façon dont une fenêtre ouverte semble respirer avec les protagonistes. Un lieu, c’est une mémoire en attente, une promesse de drame, de spectacle ou de réconciliation. C’est là que tout commence, là que tout finit, même quand on ne le voit pas. Il suffit d’un regard, d’un plan qui dure une seconde de trop, et soudain l’espace devient intime. Pas juste un décor : un cocon, un refuge, une prison, ou même un rêve qu’on n’ose pas nommer.
Au cinéma, certains lieux dépassent leur simple état pour devenir des mythes. On pense par exemple à Monument Valley, étudié dans l’ouvrage, avec ses plateaux désertiques et ses rochers sculptés par le temps. Territoire de solitude et de grandeur où l’homme se mesure à l’infini. Chaque ombre projetée sur le sable brûlé, chaque souffle du vent, raconte l’Amérique des rêves brisés et des horizons inaccessibles. Ici, les héros ne parlent presque pas, car le silence du lieu en dit plus que tous les dialogues. De quoi magnifier tous les westerns qui s’y sont déroulés.
Et puis, il y a les lieux où le mouvement est roi, comme le Golden Gate qui s’efface dans la brume de San Francisco, pont entre deux mondes, ou les avenues désordonnées des mégalopoles, propices à la cinégénie du tumulte urbain et des passions humaines. New York, par exemple, porte en son sein une symphonie dissonante : les gratte-ciels arrogants, les trottoirs qui suintent la vie, les allées et venues de Grand Central Terminal cohabitent avec Central Park et ses moments laissés en suspens, de quiétude et de contemplation. La ville est un personnage entier, nerveux, frénétique, mais parfois étrangement tendre.
Ces lieux, loin d’être neutres, façonnent les récits, amplifient les émotions des protagonistes. Traverser ces espaces, c’est pénétrer de nouveaux mondes, se perdre dans leur immensité ou trouver, dans un endroit oublié ou impensé, un fragment de vérité. Lieux cultes du cinéma et des séries explore ces lieux emblématiques qui ont marqué l’histoire du septième art et des séries télévisées. Dès l’introduction, les auteurs mettent en lumière la puissance évocatrice des tournages en extérieur, véritable invitation à l’évasion pour le spectateur. De Sergueï Eisenstein et sa légendaire séquence de l’escalier d’Odessa dans Le Cuirassé Potemkine aux panoramas monumentaux de l’Ouest américain sublimés par John Ford, les décors conditionnent significativement la narration visuelle et l’expérience du spectateur. Dans La Balade sauvage, Apocalypse Now ou Chinatown, ils deviennent autant de personnages à part entière. Cela avant qu’Hollywood ne célèbre les effets spéciaux, permettant la naissance d’univers extraordinaires comme ceux d’Alien ou du Seigneur des Anneaux.
L’univers des super-héros est particulièrement mis à l’honneur, avec notamment un focus sur Marvel et son utilisation emblématique de New York, véritable pilier visuel de la saga. Le Rockefeller Center, le pont de Queensboro ou Grand Central Terminal sont autant de sites incontournables où se jouent des séquences et des batailles mémorables. Mais l’impact de la franchise s’étend bien au-delà de Manhattan, avec des scènes tournées à San Francisco, Atlanta ou encore Washington. De son côté, la trilogie The Dark Knight explore le Chicago sombre, grimé en Gotham City, et les auteurs lâchent en sus quelques anecdotes en complément de leurs analyses, comme le refus de Christopher Nolan d’utiliser des effets numériques pour la spectaculaire scène du camion retourné.
Les séries, évidemment, ne sont pas en reste, avec par exemple une plongée dans les paysages naturels d’Islande, toile de fond vertigineuse pour Game of Thrones (mais aussi Interstellar ou Prometheus). L’ouvrage s’attarde également sur les décors grandioses de la Nouvelle-Zélande pour Le Seigneur des Anneaux, ou encore les sites historiques britanniques qui ont donné vie à Harry Potter. De son côté, Jurassic Park a été tourné sur l’île hawaïenne de Kauai. Les auteurs révèlent d’ailleurs l’origine insolite des sons émis par les vélociraptors lorsqu’ils pourchassent Tim et Lex dans les cuisines du parc : les bruits proviennent en fait de… tortues en train de s’accoupler !
Généreusement illustré, aussi didactique que ludique, l’ouvrage s’aventure dans des territoires aussi divers que le cyberpunk dystopique de Blade Runner, les westerns intemporels de Monument Valley ou encore les frissons de Shining et L’Exorciste, respectivement tournés dans le Montana et à Washington. Il embrasse également des œuvres éclectiques comme Stranger Things, Pirates des Caraïbes, Breaking Bad et les classiques d’Alfred Hitchcock, tout en dévoilant les coulisses d’autres lieux marquants comme les paysages désertiques de Dune ou les places célèbres de la capitale anglaise dans Le Loup-Garou de Londres. Une évocation passionnante des décors qui, à travers le monde, continuent de nourrir notre imaginaire collectif.
J.F.

Lieux cultes du cinéma et des séries, ouvrage collectif –
Larousse, octobre 2024, 224 pages

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