Le Visage : mankind of magic

Le Visage (1958) – Réalisation : Ingmar Bergman.

L’illusion et la notion même de spectacle auront été un thème inépuisable chez Bergman. La petite troupe d’illusionnistes qui déboule à l’écran dans Le Visage rappelle ainsi bien des groupes de personnages de sa filmographie, au premier rang desquels on pensera forcément aux solaires saltimbanques du Septième sceau

Mais aux temps troublés et au conte métaphysique succède ici une approche plus cynique et froide : que dit le magicien à la communauté des hommes ? Autour de la figure de Vogler (Max Von Sydow), muet, s’organise un échange tendu avec les notables bien décidés à rincer son aura par leur rationalisme scientiste. 

La dialectique est éminemment fertile : le frisson procuré à celui qui croit à l’illusion n’est-il pas supérieur à la clarté de sa connaissance lorsqu’il la décode ? 

Le Visage met ainsi en place un ballet trouble, sorte de pendant nocturne de Sourires d’une nuit d’été, marivaudage noir dans lequel les tromperies, les fantasmes et les manipulations excèdent largement le cadre de la scène. L’arrivée de l’intrus grippe la machine sociale et blessera tous les personnages, des domestiques aux plus hautes instances, un peu à la manière du Théorème de Pasolini. 

La véritable magie se situe dans ces tableaux mouvants, résolument expressionnistes : la forêt initiale, sublime, ou la vision fantastique des combles qui abritent le cadavre, rappelant le traitement du décor par Welles (très grand amateur de magie lui aussi) dans Le Procès

L’esprit du conte reste de vigueur (et accuse de menues longueurs), notamment par un dénouement trop idéal pour être apprécié à sa juste valeur. Car Bergman, on le sait, n’a jamais fait dans la dichotomie. Un des personnages l’affirme : « C’est le mouvement qui représente la vérité» Si les torts sont partagés dans la vie conjugale, ils le seront aussi sur le terrain de la foi ou de la philosophie. C’est l’ambivalence qui prime : chacun aura sa victoire au détriment de l’autre. Le notable sera terrorisé par une résurrection improbable, le magicien humilié en salissant toute son aura par la mesquine demande d’un salaire. La magie sera moquée, mais certains phénomènes resteront inexpliqués. 

Chez le cinéaste, rien n’est moins parlant que ce qui échappe à la maîtrise de l’individu, car son désir de contrôle est l’un des principaux élans de sa perte.

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Éric Schwald


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