Photogramme (#8) : U-Turn

Est-il possible, à Superior, de s’asseoir tranquillement au comptoir d’un diner sans être inquiété par la population locale ?

À cet instant de U-Turn, Bobby Cooper est déjà las, éreinté par les épreuves que cette petite ville d’Arizona lui fait subir. Il a mis les pieds dans un guêpier amoureux, sa voiture est immobilisée dans un garage crasseux, il doit toujours 13 000 dollars à des créanciers violents, il est accablé par la chaleur, la poussière et la cruauté ambiantes.

Dans ce photogramme, nous assistons à une scène devenue presque banale pour lui. En s’adressant à Bobby, Jenny, à gauche, a provoqué la jalousie de son petit ami Toby. Et si cette disposition en triangle accentue les dynamiques de tension entre les protagonistes, ce n’est certainement pas un hasard. Tout est mis en œuvre pour rendre infernal le séjour de Bobby dans ce patelin gangréné.

Jugez-en. Toby, en position centrale, adopte une posture dominante en se penchant vers le malheureux voyageur. Son expression grave et son attitude corporelle agressive suggèrent une tentative d’intimidation. Bobby, appuyé sur le comptoir, a une expression faciale plus ambiguë, qui traduit avant tout son désarroi. La malchance ne le quitte plus depuis qu’il s’est arrêté, contraint, dans cet authentique enfer terrestre, situé à quelques encablures de Phoenix.

Cette image s’inscrit pleinement dans la dynamique de U-Turn. Elle traduit l’environnement hostile auquel fait face Bobby. Ce dernier se retrouve constamment pris au piège, dans des situations de plus en plus périlleuses, et cette interaction peu amicale avec Toby et Jenny en est une illustration parfaite. Explosif et imprévisible, le petit ami jaloux incarne la menace qui se veut omniprésente à Superior. Sa posture physique et son regard perçant suggèrent une violence latente qui pourrait éclater à tout moment – pas seulement ici mais n’importe où dans la ville.

N’est-ce pas là l’essence de U-Turn ? Un récit de désespoir et de conflictualité dans un décor à la fois banal et inquiétant. Dans son film comme dans cette séquence en particulier, Oliver Stone a su créer des atmosphères lourdes, faites de tension et de cruauté souvent gratuite. Bobby Cooper, c’est le gars au mauvais endroit au mauvais moment. C’est aussi l’étranger à la langue bien pendue, qui oublie parfois qu’une Mustang décapotable et une montre de luxe ne le protègent pas des écueils.   

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J.F.


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