
Sourires d’une nuit d’été (1955) – Réalisation : Ingmar Bergman.
Les véritables comédies de Bergman sont suffisamment rares pour qu’on s’y attarde, et force est de constater que celle-ci est une grande réussite. Tourné comme son possible dernier film lors d’un point mort de sa carrière, Sourires d’une nuit d’été est alors une sorte de baroud d’honneur pour le réalisateur, et se distingue très nettement dans sa carrière future.
Théâtrale au point qu’on pourrait la considérer comme une adaptation, alors qu’il s’agit d’un scénario original du cinéaste, cette fantaisie joue sur tous les registres du marivaudage d’un début de XXème siècle. Intrigues à tiroirs, couples mal assortis et échanges à double fond vont être menés à un rythme soutenu le temps de la nuit éponyme qui va permettre de révéler des sentiments qui n’avaient au préalable rien de clair.
Les acteurs sont tous sensationnels, l’ironie mordante et les répliques, au cordeau : on rit franchement, et la danse est d’autant plus réjouissante qu’elle est conduite avec intelligence par les femmes, qui s’accommodent de la bêtise masculine sans jamais perdre de vue leurs intérêts propres. L’engagement religieux ou la pose aristocratique n’y résisteront pas.
Pétillants comme du Lubitsch, les personnages rivalisent de répartie et de malice dans ce grand jeu de dupes. On pense aussi aux valses de La Ronde de Max Ophüls, sortie cinq ans plus tôt : les sentiments sont ici l’occasion d’un chassé-croisé où le plaisir réside davantage dans le déplacement que la destination.
L’idée de l’adultère reste néanmoins le nerf de la guerre, et toutes ces machinations résonnent aussi comme une vengeance de la gent féminine lassée d’être reléguée, de génération en génération, au statut de simple victime.
La concentration fait la réussite du film : unité de temps, unité de lieu (les décors sont splendides, entre les parcs arborés et ce moulin de pierre) et l’idée délicieuse de réunir couples légitimes et adultérins en un même banquet durant lequel personne n’est réellement dupe. Et lorsque les domestiques s’en mêlent, une autre farce chorégraphiée vient à l’esprit, celle de La Règle du Jeu de Renoir.
Cette farce joyeuse l’est d’autant plus qu’elle inaugure la reconnaissance internationale pour Bergman, récompensé à Cannes du « Prix de l’humour poétique », distinction unique à ce jour. L’année suivante, il tournera Le Septième Sceau et entrera définitivement dans la cour des très grands.
Éric Schwald

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