Les revers de l’écran : la face cachée du métier de scénariste (2)

Le scénariste, tout le monde connaît. Le métier, souvent fantasmé, se révèle pourtant bien plus complexe et ingrat qu’il n’y paraît. Derrière le glamour des projections et la reconnaissance accordée aux visages les plus connus du grand écran se cache une réalité professionnelle semée d’embûches…

Quelle est la différence majeure entre écrire pour la télévision et écrire pour le cinéma ?

Bien que les deux supports requièrent la création d’histoires et de dialogues, le processus de production et le niveau de contrôle diffèrent grandement. À la télévision, l’industrie est plus structurée, le diffuseur, la chaîne, ayant le dernier mot sur le texte et la production. Les scénarios sont souvent courts et, une fois validés, ils ont de grandes chances d’être produits. Au cinéma, en revanche, le processus relève davantage de l’artisanat et implique un risque financier plus élevé. Le producteur supervise et oriente le travail des scénaristes, en étroite collaboration avec le réalisateur. Les financements sont plus difficiles à obtenir et le scénario, même achevé, n’a aucune garantie d’être produit.

Quel est le statut social d’un scénariste de cinéma ?

Les scénaristes de cinéma ne sont ni salariés ni intermittents du spectacle, ce qui implique pour eux une grande précarité. Ils ne bénéficient pas des mêmes protections sociales que les autres professionnels du cinéma (assurance chômage, couverture maladie stable, retraite…). Leurs revenus sont en plus irréguliers et dépendent directement de la vente de leurs droits d’auteur, qui ne sont souvent payés qu’en plusieurs fois et sous conditions strictes.

Comment les scénaristes sont-ils rémunérés pour leur travail ?

La rémunération des scénaristes se fait par cessions de droits d’auteur, censées inclure un minimum garanti. Cependant, ce minimum est souvent illusoire et en réalité, le paiement peut être fractionné en plusieurs versements, conditionnés à différentes étapes du processus de production (traitement, versions du scénario, mise en production…). De plus, la part des scénaristes sur les recettes du film est négociée au cas par cas et rarement avantageuse pour les auteurs.

Comment les scénaristes trouvent-ils du travail ?

Le parcours pour devenir scénariste est souvent difficile. Il faut d’abord se constituer un portfolio de scénarios, puis les transformer en films produits et distribués en salles pour gagner en visibilité. Le bouche-à-oreille, les relations personnelles et, de plus en plus, les agents jouent un rôle crucial dans l’obtention de contrats.

Comment se déroule la collaboration entre un scénariste et un réalisateur ?

La collaboration entre scénariste et réalisateur est au cœur du processus de création d’un film. Le scénariste doit comprendre la vision du réalisateur, sa sensibilité artistique et ses choix de mise en scène. Le scénario, souvent co-écrit et retravaillé à plusieurs reprises, sert de base à la construction du film et guide le travail de tous les corps de métier. Les réécritures, souvent nécessaires, peuvent être harassantes et chronophages pour le scénariste.

Le scénario est-il un objet fini au moment de la mise en production ?

Le scénario est un objet en constante évolution. Il est courant qu’il subisse des modifications jusqu’à la mise en production, voire pendant le tournage. L’influence des acteurs, du producteur, des financeurs et même du réalisateur lui-même peuvent amener à des réécritures successives, parfois au détriment de la vision initiale du scénariste.

Comment valoriser le travail des scénaristes et leur donner la place qu’ils méritent ?

Malgré leur rôle essentiel dans la création d’un film, les scénaristes restent souvent dans l’ombre du réalisateur, perçu comme l’auteur unique de l’œuvre – surtout en France, depuis la Nouvelle Vague. Cette invisibilisation est renforcée par les médias, qui s’intéressent davantage à la mise en scène et au jeu des acteurs qu’à l’écriture du scénario. Plusieurs pistes sont toutefois envisageables pour améliorer la reconnaissance des scénaristes : une meilleure couverture médiatique, la mise en place d’un statut social plus protecteur, une rémunération plus juste et transparente et une collaboration plus équilibrée avec le réalisateur. 

Fiche produit Amazon

J.F.

Comments

Une réponse à « Les revers de l’écran : la face cachée du métier de scénariste (2) »

  1. Avatar de Violences dans le cinéma français : l’alerte du SCA – RadiKult'

    […] comprendre l’ampleur et la persistance de ces violences, il faut prendre en compte la précarité économique dans laquelle évolue une grande partie des scénaristes. Si la création fait rêver, la réalité […]

    J’aime

Laisser un commentaire