Tous nos étés : la règle de trois

Tous nos étés paraît aux éditions Bamboo. Séverine Vidal et Victor L. Pinel y racontent le processus de deuil, le poids des souvenirs et les liens familiaux, dans un récit tout en sensibilité, temporellement éclaté.

Le deuil est une expérience éprouvante, jalonnée de souvenirs et de douleurs, dont on ne se remet jamais complètement. Dans leur roman graphique Tous nos étés, Séverine Vidal et Victor L. Pinel en donnent à voir les effets, avec beaucoup d’à-propos, à travers le personnage de Julie. Jeune femme enceinte de sept mois, elle retourne dans une maison familiale en bord de mer, un lieu étroitement associé aux réunions estivales, et chargé de souvenirs. L’atmosphère est toutefois plus lourde qu’à l’accoutumée : Julie vient de perdre son mari Thomas, et elle tente péniblement de se reconstruire.

Un autre événement la trouble : la vente programmée de la maison familiale. Ce témoin silencieux de ses joies passées et de ses peines présentes pourrait ne pas résister aux velléités de son oncle Albert, qui aimerait récupérer sa part pour voyager et rejoindre son fils. Ainsi, plutôt que de trouver un cadre propice à la sérénité, Julie se voit frappée de nostalgie, en désaccord avec la décision prise, spectatrice des divisions familiales et des rancunes exprimées. Cette cession immobilière agit en fait comme un second deuil pour Julie et sa famille. Ce lieu de villégiature apparaît comme un symbole de tous les étés passés ensemble, un refuge dans un passé révolu de bonheur et de complicité. 

La couverture de l’album suffit à en prendre le pouls. On y voit Julie le ventre rond, pensive, accompagnée par les ombres de ses proches trinquant dans la communion et la bonne humeur. Les rires, les jeux, les discussions, les repas partagés, les sorties relégués au rang de souvenirs ? Pour Julie, cette vente représente une déchirure supplémentaire, une coupure brutale avec un passé qu’elle n’est manifestement pas encore prête à laisser derrière elle. Et la maison, avec ses murs chargés de souvenirs, devient ainsi le témoin du temps qui passe et des changements inévitables de la vie.

Tous nos étés se caractérise par une structure narrative déconstruite, alternant entre différentes périodes et familles. Divisé en trois actes, chacun ancré dans une époque différente, le récit nous plonge alors dans l’histoire de la maison elle-même, érigée en personnage à part entière. Les auteurs en dévoilent graduellement les secrets enfouis, une approche qui permet une immersion dans l’intimité des personnages qui la peuplent. La demeure posée en fil conducteur, le passé se révèle petit à petit et ajoute au deuil un troisième échelon, aussi inattendu que touchant.

Outre le deuil et la nostalgie, Tous nos étés explore, plus chichement, d’autres thèmes importants tels que l’alcoolisme ou l’obsession. Les interactions entre les personnages, leurs disputes et réconciliations, forment un tableau réaliste des dynamiques familiales. Séverine Vidal et Victor L. Pinel peuvent ainsi se prévaloir d’un roman graphique riche en émotions et en réflexions. À travers une narration habile et des personnages profondément humains, ils abordent avec sensibilité l’être confronté à son passé et à la perte.

Fiche produit Amazon

J.F.


Tous nos étés, Séverine Vidal et Victor L. Pinel – Bamboo, juin 2024, 160 pages


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