La Vie rêvée d’un papillon : en quête de liberté 

Roman graphique paru aux éditions La Boîte à bulles, La Vie rêvée d’un papillon, de Sylvère Denné et Sophie Ladame, retrace l’existence tumultueuse d’Henri Charrière, plus connu sous le pseudonyme de « Papillon ». Condamné au bagne de Guyane dans les années 1930, il y purgea une peine de treize ans avant de s’évader, entamant ainsi une nouvelle vie.

L’histoire d’Henri Charrière est marquée par l’aventure, la détermination et une quête résolue à la liberté. Né le 16 novembre 1906 à Saint-Étienne-de-Lugdarès, en Ardèche, ce Français fut surtout connu sous le surnom de « Papillon », inspiré par le tatouage qui ornait sa poitrine.

En 1931, à l’âge de 25 ans, l’homme fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’un proxénète, Roland Legrand, à Paris, bien qu’il n’ait cessé de clamer son innocence. Envoyé au bagne de la Guyane française, il passa plus d’une décennie à tenter de s’échapper de l’enfer tropical du pénitencier. Ses premières tentatives échouèrent, le menant à de sévères sanctions, dont des périodes d’isolement extrême.

Toutefois, comme le montrent clairement Sylvère Denné et Sophie Ladame, ces punitions n’affaiblirent ni sa volonté ni sa soif de liberté. Après avoir forgé des alliances stratégiques avec quelques compagnons d’infortune, désormais endurci face aux épreuves, on le voit s’évader mentalement des lieux exigus dans lesquels on le maintient enfermé, et finalement réaliser une évasion spectaculaire, en 1941. Il s’échappe alors à bord d’un radeau rudimentaire en direction de la Colombie. Il perdra malheureusement quelques amis en cours de route, ajoutant de la tragédie à ses péripéties pleines d’hardiesse. 

Au terme d’un long périple en Amérique du Sud, non sans détentions sporadiques, Henri Charrière fut finalement gracié par le Venezuela, où il s’établit et devint restaurateur. Cette fenêtre temporelle, en noir et blanc, alterne avec le récit de ses détentions, conté dans un style graphique à forte personnalité. La Vie rêvée d’un papillon multiplie ces bonds temporels et géographiques, caractérisant son protagoniste en deux phases qui se complètent parfaitement. 

En 1969, l’ex-prisonnier publia un récit autobiographique qui, très vite, eut pignon sur rue, au sein duquel il relatait sa vie au bagne et ses évasions audacieuses. Certaines parties de l’ouvrage furent toutefois contestées, certains questionnèrent leur authenticité, et les auteurs nous montrent un homme désormais bien entouré (de stars et d’intellectuels) mais un peu lassé par le sort doux-amer que le public lui réserve. Qu’importe, puisque le livre devint un succès mondial et fut ensuite adapté au cinéma, même si Henri Charrière, qui disparut au moment de la sortie du film, n’eut pas l’opportunité d’en entendre les échos.

Cette bande dessinée permet de pénétrer l’intimité de « Papillon », d’adopter son point de vue face à l’épreuve, de sonder sa volonté inébranlable. L’homme est peint avec des traits à la fois rudes et touchants, capable de résilience et de tendresse. Animé d’une grande force intérieure, il fait face et parvient à fuir la déshumanisation à l’œuvre dans les bagnes coloniaux. Une histoire puissante, qu’il a depuis léguée au public, et dont est tirée cette bande dessinée.

R.P.


La Vie rêvée d’un papillon, Sylvère Denné et Sophie Ladame –

La Boîte à bulles, mai 2024, 128 pages

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