Chez Adolf : plongée dans le tumulte de la fin du Reich

Dans le quatrième et dernier tome de la série Chez Adolf, intitulé « 1945 », Rodolphe et Ramon Marcos nous dévoilent les derniers jours du Troisième Reich, à travers les yeux du professeur Karl Stieg. Cette saga publiée aux éditions Delcourt, initiée en 2019, se clôture sans rien perdre de son intérêt.

Le récit débute avec la mobilisation forcée de Herr Klein, un professeur qui doit rejoindre l’armée allemande en laissant derrière lui, la mort dans l’âme, sa sœur infirme. Ce contexte de désespoir, généralisé, est exacerbé par la création récente d’une milice populaire par Himmler ; elle vise à recruter pour le combat tous les hommes valides, qu’ils soient à peine formés ou d’un âge déjà bien avancé. L’Allemagne, en cette fin de guerre, est dépeinte comme un pays en ruines, avec des citoyens divisés, cédant tantôt à l’obéissance et au fanatisme, tantôt à la rébellion. Partout se murmure que les Russes avancent dans le pays, que les Américains ne sont plus très loin et que le régime du « Vampyr » est proche de l’effondrement.

Karl, comme tous ses concitoyens, est pris dans la tourmente de la guerre. Il assiste à des scènes de violence inouïe de la part des Russes et vit la terreur des représailles contre les déserteurs et leurs familles. L’atmosphère de fin de règne est palpable : des soldats sont équipés de matériel obsolète, ce qui n’empêche pas certains jeunes embrigadés de se montrer prêts à tout pour défendre un régime en perdition. Le rêve d’une société uniforme sous la bannière du nazisme vole en éclats : la fragmentation populaire, la lassitude, l’épreuve ont pris les commandes.

Rodolphe met ingénieusement en lumière les drames personnels des Allemands, comme lorsque Karl rencontre le père d’un ancien élève, mort à Stalingrad. Cette dimension humaine du conflit est encore accentuée lorsqu’il découvre des gardiennes de camp qui, dans une tentative de survie, se cachent dans les bois en attendant l’arrivée prochaine des Américains. Ces interactions dans l’urgence guerrière soulignent à chaque fois les drames en cours, mais aussi la complexité des choix moraux auxquels sont confrontés les Allemands durant ces temps troublés. Faut-il, par pur patriotisme, obéir à des ordres que l’on estime illégitimes et dangereux ?

La manière dont Rodolphe et Marcos dépeignent les derniers moments du nazisme et de la Seconde guerre mondiale est à la fois brutale et empreinte d’une profonde humanité. Chez Adolf, à travers ses quatre tomes, nous aura offert une fresque historique détaillée et très juste de l’Allemagne nazie, le plus souvent à travers les yeux de quidams. En se focalisant sur ces personnages ordinaires, confrontés à des circonstances extraordinaires, les auteurs ont sondé les contrecoups idéologiques, la résilience populaire, et parfois même la rédemption. Un excellent scénario, avec des ellipses maîtrisées, et suffisamment de chair pour que l’homme le dispute aux événements. 

J.F.


Chez Adolf : 1945 (T.04), Rodolphe et Ramon Marcos – Delcourt, mars 2024, 56 pages 

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