Quand la nuit tombe : dans l’angle mort du nazisme

Les éditions Delcourt publient Quand la nuit tombe, de Marion Achard et Toni Galmés. Le récit, construit à hauteur d’enfant, raconte les péripéties d’une famille juive dans la France occupée.

Dans les plaines reculées qui bordent Grenoble, un chalet solitaire se mue en abri précaire pour Lisou et sa famille. L’air y est empreint d’une froideur qui dépasse la morsure de l’hiver ; c’est le froid de la peur, persistant, qui s’insinue dans les cœurs et gèle les espoirs de liberté. Septembre 1943 avait vu leur fuite désespérée vers cette cachette, loin, espéraient-ils, des griffes acérées du mal nazi, qui parcourait l’Europe.

Lisou, les yeux grands ouverts sur un monde qu’elle peine à comprendre, vit chaque jour dans l’angoisse et l’incertitude. Sa famille, juive mais détachée de toute croyance, a été catapultée dans une lutte pour la survie, un combat quotidien contre l’oppression nazie. Le chalet est devenu leur univers, un microcosme de crainte et d’amour, où chaque bruissement de feuille, on l’imagine, peut signifier tout et rien à la fois.

Les nouvelles, lorsqu’elles arrivent, portent les échos assourdis des horreurs commises plus loin, en ville ou par-delà. Des voix étouffées par la distance rapportent les rafles, les disparitions, les agissements abjects des Allemands. Lisou, avec l’innocence propre à l’enfance, ne comprend pas pourquoi on la tient éloignée des discussions entre adultes. On tente de bâtir des remparts imaginaires contre une terreur qu’elle subit pourtant au quotidien. 

Février 1944 marque la fin de ce fragile répit. Un jour, Mylaine, l’aînée, trompe la vigilance des officiers allemands, qu’elle envoie sur une mauvaise piste. Lisou a à peine le temps de s’enfuir. Sa sœur est condamnée. Quand la nuit tombe ne l’omet pas : la Seconde guerre mondiale a déchiré les familles, souvent laissées sans nouvelles de leurs proches. Pour Lisou et les siens, c’est bientôt une course éperdue vers la Suisse qui s’annonce, chaque pas devenant l’affirmation d’une volonté de vivre. 

Marion Achard et Toni Galmés échafaudent un récit d’une grande sensibilité, qu’ils restituent à travers les yeux d’un enfant. Tout est là : la bravoure dans l’épreuve, la famille, l’angoisse, les privations, les autorités françaises poussées à la collaboration. La pression des Allemands sur le gouvernement de Vichy pesait en effet lourd et chaque jour semblait plus périlleux que le précédent. Cachée jusqu’à la fin du conflit, Lisou vit dans l’ombre, portant en elle les cicatrices invisibles de son périple. 

Quand la nuit tombe est un témoignage de résilience face à l’oppression et l’inhumanité, une ode à la solidarité et au courage qui, même dans les heures les plus sombres, ne s’éteignent jamais. Avec des dessins dont la douceur est inversement proportionnelle à la dureté des événements contés, le roman graphique immerge le lecteur dans une tranche de vie qui éclaire, avec beaucoup de justesse, la grande Histoire.  

J.F.


Quand la nuit tombe, Marion Achard et Toni Galmés – Delcourt, février 2024, 128 pages

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