Une brève histoire du cinéma (9/9) : le cinéma et la technologie

À n’en pas douter, l’histoire du cinéma, passionnante, émaillée de nouveautés et de ruptures, mérite un examen des plus attentifs. De par son infinie richesse, il nous faut cependant diviser cette évocation en plusieurs parties. Il y en aura donc neuf au total, dont nous vous livrons ici la dernière, axée sur les évolutions technologiques.

9. Le cinéma et la technologie 

9.1 L’avènement du son : du cinéma muet au parlant

L’introduction du son au cinéma a marqué une première révolution technique dans l’industrie. Elle a changé la manière dont les films étaient envisagés, produits et perçus. Quand le cinéma était muet, il s’appuyait sur des intertitres pour transmettre le dialogue et/ou expliciter l’intrigue. Les acteurs utilisaient une gestuelle outrancière pour exprimer les émotions, et les films étaient souvent accompagnés de musiques jouées en direct. Avec l’introduction du son, le cinéma s’est doté d’une nouvelle dimension, permettant une narration plus complexe et une immersion plus significative du public dans l’intrigue. Le premier film parlant, The Jazz Singer (1927), a connu le succès et a initié l’ère du cinéma parlant. Nous l’avons déjà évoqué, cette transition n’a pas été sans défis. De nombreux acteurs du cinéma muet ont eu du mal à s’adapter à une nouvelle forme d’art, beaucoup ont disparu du circuit, peu à l’aise avec la déclamation de textes, et les studios ont dû, en parallèle, investir massivement dans de nouveaux équipements. La transition du cinéma muet vers le parlant a aussi eu des conséquences sur les scénaristes, qui ont dû intégrer le dialogue de manière efficace, tandis que les réalisateurs ont de leur côté adapté leur mise en scène pour tenir compte de cette composante sonore. Les techniciens ont quant à eux développé de nouvelles compétences pour gérer l’enregistrement et la synchronisation du son.

9.2 La couleur au cinéma : de la Technicolor à la numérisation

La couleur a ensuite à son tour fait son apparition dans l’art cinématographique, permettant une représentation plus riche et nuancée de la réalité à l’écran. Les premiers films étaient en noir et blanc, mais dès les débuts du cinéma, il y avait un intérêt manifeste pour la couleur. Les premières tentatives pour y avoir recours étaient manuelles, avec des artistes qui coloriaient à la main, patiemment, chaque image. Avec l’avènement des procédés Technicolor dans les années 1930, une méthode plus sophistiquée, intégrée, de capture de la couleur a été introduite. Le Magicien d’Oz (1939) utilise pleinement cette technologie, qui marque une rupture dans l’histoire du cinéma.

Avec le temps, la technologie de la couleur s’est considérablement améliorée, passant de systèmes à deux ou trois bandes à des méthodes plus avancées, et finalement à la numérisation, qui a offert une flexibilité et une précision sans précédent dans la manipulation colorimétrique. L’introduction de la couleur a également permis aux cinéastes de déployer de nouveaux moyens esthétiques et sensitifs, voire de connoter leurs plans à l’aide de codes chromatiques symboliques ou porteurs de sens (le vert dans le Vertigo d’Alfred Hitchcock, les teintes explosives du Suspiria de Dario Argento, pour ne citer que ces exemples).

9.3 L’impact des effets spéciaux et de la CGI

De tous temps, les effets spéciaux ont joué un rôle crucial dans le cinéma, permettant de créer des mondes fantastiques, des créatures étonnantes et des séquences d’action spectaculaires. Avec l’avènement de la technologie numérique, les possibilités en matière d’effets spéciaux ont connu une croissance exponentielle. La CGI (imagerie générée par ordinateur) a permis aux cinéastes de réaliser des séquences qui étaient auparavant inenvisageables ou extrêmement coûteuses à produire. Des films comme Jurassic Park (1993) et Avatar (2009) ont repoussé les limites de ce qui est possible à l’écran grâce à la CGI. Cependant, l’utilisation de la technologie numérique a également suscité bon nombre de débats au sein de l’industrie. Certains puristes estiment que la dépendance à l’égard des effets numériques peut nuire à l’authenticité d’un film, tandis que d’autres voient la CGI comme un outil précieux qui, lorsqu’il est utilisé judicieusement, contribue à enrichir de manière substantielle l’expérience cinématographique. Les images de synthèse ont également affecté la manière dont les films sont produits. Les cinéastes peuvent désormais prévisualiser des séquences d’effets spéciaux en temps réel sur le plateau, ce qui leur permet de prendre des décisions éclairées sur la mise en scène et la direction à adopter.

9.4 Le cinéma à l’ère du numérique : caméras, montage et distribution

L’ère numérique a apporté des changements radicaux dans la manière dont les films sont produits, édités et distribués. Les caméras numériques, plus légères et plus flexibles que leurs homologues analogiques, ont rendu la réalisation de films plus accessible à un grand nombre de personnes. Des réalisateurs comme David Fincher et Steven Soderbergh ont pleinement adopté le numérique (contrairement à d’autres comme Christopher Nolan ou Quentin Tarantino), exploitant ses avantages pour créer des œuvres visuellement novatrices. Le montage numérique a également simplifié le processus de post-production, permettant des modifications non destructives et une plus grande expérimentation formelle. En termes de distribution, le numérique a ouvert la voie à des plateformes de streaming et de VOD, offrant aux cinéastes de nouveaux tremplins pour atteindre un public toujours plus large. Cependant, cette transition vers le numérique a également entraîné la disparition progressive des pellicules, suscitant des débats sur une perte potentielle d’authenticité. 

J.F.


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