
À n’en pas douter, l’histoire du cinéma, passionnante, émaillée de nouveautés et de ruptures, mérite un examen des plus attentifs. De par son infinie richesse, il nous faut cependant diviser cette évocation en plusieurs parties. Il y en aura donc neuf au total, dont nous vous livrons ici la sixième.
6. Le cinéma d’après-guerre
6.1 Le contexte sociopolitique et culturel d’après-guerre
La période d’après-guerre a été marquée par d’importants bouleversements sociopolitiques et culturels. L’Europe, dévastée par la guerre, a cherché à se reconstruire, tant matériellement qu’idéologiquement. Les nations ont été confrontées à la tâche de redonner vie à leurs infrastructures, leur économie et leur société. Sur le plan culturel, il y a eu une profonde remise en question des valeurs et des idéologies préexistantes. Le traumatisme de la guerre a conduit à une introspection significative et à une recherche de nouveaux moyens d’expression. Dans ce contexte, le cinéma, en tant que médium artistique, a tenu les premiers rôles, en reflétant et en façonnant les préoccupations et les aspirations de la société d’après-guerre.
6.2 L’émergence de la Nouvelle Vague
La Nouvelle Vague a émergé en France dans les années 1950 et 1960. Il s’agit d’un mouvement cinématographique déconstruisant pour mieux les réinventer les codes du cinéma mondial. Caractérisée par sa rupture avec les conventions traditionnelles de narration, de montage et de réalisation, la Nouvelle Vague a introduit une approche plus expérimentale et personnelle du cinéma. Ses réalisateurs les plus en vue, dont Jean-Luc Godard, François Truffaut et Claude Chabrol, ont rejeté le cinéma commercial et cherché à créer des films qui étaient à la fois artistiquement innovants et socialement pertinents. Ils ont été influencés par d’autres formes d’art, comme la littérature et la philosophie, et ont utilisé le cinéma comme un moyen d’explorer des questions existentielles et sociales.
6.3 Les réalisateurs et films emblématiques de la Nouvelle Vague
La Nouvelle Vague a donné naissance à certaines des filmographies les plus influentes et les plus innovantes de l’histoire du cinéma. Jean-Luc Godard, avec des films comme À bout de souffle (1960) et Le Mépris (1963), a questionné la narration cinématographique et introduit des techniques de montage audacieuses, ainsi qu’une esthétique visuelle inédite. François Truffaut, de son côté, a mis en scène Les Quatre Cents Coups (1959) ou Jules et Jim (1962), explorant les thèmes de l’adolescence, de l’amour et de la trahison avec une grande sensibilité poétique. D’autres réalisateurs, tels qu’Éric Rohmer, Agnès Varda et Jacques Rivette, ont également apporté des contributions majeures, chacun avec sa propre vision artistique. Ensemble, ils ont créé un corpus de films qui continuent d’influencer les cinéastes du monde entier. Et mis à l’honneur l’auteur, autour duquel convergent, conformément à leurs idées, toutes les forces motrices du septième art.
6.4 L’impact de la Nouvelle Vague sur le cinéma mondial
L’impact de la Nouvelle Vague ne s’est pas limité à la France. Son influence s’est étendue à l’international. Tous les cinéastes ont été invités à repenser la manière dont les films étaient réalisés et perçus. Des mouvements similaires ont vu le jour dans d’autres pays, comme le Free Cinema en Grande-Bretagne, le Cinema Novo au Brésil ou le Nouveau Cinéma allemand. Ces mouvements partageaient un désir commun de briser les conventions et de créer des films plus personnels et expressifs. La Nouvelle Vague a également influencé des réalisateurs majeurs en dehors de la France, tels que Martin Scorsese, Quentin Tarantino et Wong Kar-wai, qui ont tous cité les films de la Nouvelle Vague comme une source majeure d’inspiration pour leur propre travail.
6.5 Le Nouvel Hollywood
Le Nouvel Hollywood désigne une période de renouveau dans la production cinématographique américaine, s’étendant de la fin des années 1960 au début des années 1980. Inspirés par le nouveau cinéma européen, bénéficiant de la fin du Code Hays, de jeunes réalisateurs novateurs ont introduit des idées neuves dans la manière d’envisager et de concevoir les films, rompant avec les conventions traditionnelles. Ils ont bénéficié d’une plus grande liberté artistique, tant d’un point de vue formel (notamment vis-à-vis de la représentation de la violence) que thématique (la guerre du Vietnam, les questions de mœurs).
Les films de cette période étaient souvent plus sombres, plus réalistes et abordaient des sujets autrefois tabous. Cette mouvance a constitué une réponse aux changements culturels survenus aux États-Unis et à la concurrence d’autres médias, dont la télévision. Car historiquement, le Nouvel Hollywood s’inscrit dans une époque de bouleversements marquée par les mouvements des droits civiques, la libération des femmes et les protestations contre la guerre du Vietnam. Ces événements ont poussé les réalisateurs à produire des films en écho à ces changements, défiant le relatif statu quo qui prévalait jusque-là. La fin du système des studios à Hollywood et l’ascension de la télévision ont par ailleurs créé une crise dans le cinéma, poussant les producteurs à définir de nouvelles approches, moins attendues, pour attirer le public.
Parmi les cinéastes emblématiques de cette période, on peut citer Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Steven Spielberg ou encore George Lucas. Ces néo-réalisateurs, eux-mêmes cinéphiles, la plupart du temps sortis des écoles de cinéma, ont redéfini le paysage cinématographique de l’époque, avec des œuvres telles que Les Dents de la mer (1975), Apocalypse Now (1979), Le Parrain (1972), Star Wars (1977) ou Taxi Driver (1976).
J.F.

Laisser un commentaire