
Genre musical emblématique de la fin du XXe siècle, le rap représente bien plus qu’une simple forme d’expression artistique. Il est le reflet d’une histoire, d’une culture et d’une évolution sociale qui l’ont profondément préfiguré et conditionné. De ses origines dans les rues du Bronx aux États-Unis à son explosion en France, ce courant musical a toujours été un moyen pour les communautés marginalisées de faire entendre leur voix. À travers une série de six articles, nous explorerons l’évolution du rap, ses influences et son impact sur la société contemporaine. Le voyage sera forcément rythmé. En voici le troisième battement.
Diversification du rap (fin des années 1990 – début des années 2000)
Si les années 1990 avaient vu la créativité se décupler dans le rap, la fin de cette décennie et le début des années 2000 engendrent une diversification sans précédent. Le rap du Sud, notamment, prend une place prépondérante sur la scène musicale, avec des artistes tels qu’OutKast, Ludacris et Lil Wayne, qui introduisent de nouvelles sonorités, donnant ainsi naissance au Dirty South. Ce dernier se caractérise par des beats lourds et des paroles crues. Son style contraste fortement avec le rap mélodique de la côte Ouest et le rap lyrique de la côte Est.
Parallèlement, le rap alternatif gagne du terrain, avec des artistes comme Mos Def, Common et The Roots, qui explorent des sujets plus profonds tout en intégrant des éléments de jazz, de soul et de rock dans leurs morceaux. Le rap conscient, axé sur des enjeux sociaux et politiques, connaît lui aussi un essor, porté par des figures telles que Talib Kweli et Dead Prez. Pendant cette période, des artistes féminines (et parfois féministes) continuent de truster les charts, comme Missy Elliott et Lauryn Hill.
L’impact de la globalisation et de la technologie est de plus en plus indéniable. Des collaborations internationales voient le jour, fusionnant les styles et les cultures. Jay-Z s’est par exemple associé à Linkin Park ou Coldplay, tandis que Kanye West a puisé dans la musique électronique européenne, notamment dans le répertoire de Daft Punk. L’avènement des plateformes de téléchargement et de streaming a également bouleversé l’industrie, offrant aux artistes indépendants une visibilité mondiale sans l’intervention de grands labels, quant à eux mis à mal par des sites rendant disponibles illégalement leurs morceaux. Cette démocratisation a enrichi le paysage rap, le rendant plus diversifié et inclusif, mais également fragilisé l’économie du disque.
Le gangsta rap : voix des rues et controverses
Le gangsta rap émerge dans les années 1980. Il s’agit d’un sous-genre du rap caractérisé par des paroles explicites dépeignant la vie dans les ghettos et la criminalité. Ice-T et N.W.A. sont souvent considérés comme les précurseurs de ce mouvement. Leur musique aborde sans détour des sujets polémiques tels que la brutalité policière, le racisme et la violence, donnant une voix vitriolée aux réalités souvent ignorées des quartiers défavorisés.
L’album « Straight Outta Compton » de N.W.A. a été à cet égard particulièrement marquant. Des titres comme « Fuck tha Police » ont provoqué la controverse et attiré l’attention sur les problèmes sociaux des communautés noires. Au-delà des polémiques, ce sous-genre a joué un rôle essentiel en mettant en lumière les affects de communautés marginalisées et revendicatives. Des artistes comme Snoop Dogg, Dr. Dre et Ice Cube, en plus de Tupac et Notorious BIG, ont continué à enrichir le genre, fusionnant le gangsta rap avec d’autres styles et influençant au passage de nombreux rappeurs. Malgré les critiques, le gangsta rap demeure l’un des courants les plus influents et durables du rap.
R.P.

Laisser un commentaire