Charles Bukowski, écrivain de la contre-culture, admirateur de félins

Les lecteurs du célèbre poète de la contre-culture américaine Charles Bukowski n’ignorent rien de son style abrupt, direct et provocateur, dépeignant volontiers la pauvreté, l’alcool et les relations humaines tumultueuses, avec une verve particulièrement fleurie. Après avoir exploré son rapport à l’écriture, les éditions Au Diable Vauvert révèlent cette fois une facette méconnue de l’auteur : son attrait indéfectible pour les chats, qu’il idéalisait et qui l’inspiraient. Dans un recueil fourmillant de textes et de poèmes mettant en lumière cette passion insoupçonnée apparaît un Bukowski fasciné, parfois redondant, mais toujours incisif. 

Charles Bukowski, on le sait, cherche à transcender les conventions littéraires. Son œuvre se caractérise par une faculté peu commune à saisir les nuances les plus profondes de l’expérience humaine, qu’il restitue en vers ou en prose, de manière stylisée et souvent satirique, voire acrimonieuse. D’une plume franche et sans détour, l’écrivain américain, héraut de la contre-culture, a pris l’habitude de plonger ses lecteurs dans une réalité crue, où les vicissitudes de la vie quotidienne prennent corps et se portent sur toute chose. 

Dans Sur les chats, Charles Bukowski ressasse quelques souvenirs tenaces, exprime sa fascination pour les félins et explique comment ces derniers ont affecté sa vie, d’une manière plus douce qu’amère. Il verbalise les enseignements tirés de ces animaux oisifs mais obstinés, qui lui offrent une perspective unique sur l’existence. Il dépeint ces visions indélébiles d’oiseaux à demi morts, prisonniers des crocs de prédateurs aussi gracieux et agiles qu’impitoyables. Il narre toutes ces fois où ses animaux de compagnie à moustache l’ont sorti du sommeil de manière prématurée, se sont soulagés sur son lit ou sur ses archives littéraires ou ont fait leurs griffes sur son corps meurtri.

Attitude rebelle et parfois provocatrice, compagnon des hommes sans attache mutuelle, le chat inspire à Bukowski quelques formules bien troussées, sur ses capacités de chasse ou son appétence envers la viande cadavérique. Comme T.S. Eliot avant lui (à qui il n’aimerait sans doute pas être associé), « Chinaski », comme était surnommé le poète américain, multiplie les descriptions, souvent percutantes, sur ces étonnants félins. Loin des ornements sémantiques superflus, ce contemplateur des marges leur consacre quelques textes, toujours courts, souvent articulés autour des mêmes idées, évidemment confondants d’authenticité et de liberté. 

C’est précisément cette liberté, ce « je-m’en-foutisme », ce détachement vis-à-vis des épreuves quotidiennes, que semble envier l’auteur, engoncé dans une humanité dont on ne se départit pas si aisément que cela. Car Bukowski avait beau se proclamer obscène, inadapté ou sans rivage, il pouvait s’ériger autant que faire se peut en chantre de la débauche, il n’aurait pu, contrairement aux chats, « dormir 20 heures par jour et attendre d’être nourri ; rester assis en [se] léchant le derrière ». « Quand je me sens mal, tout ce que j’ai à faire, c’est de regarder mes chats et mon courage revient », écrivait un Bukowski admiratif devant ces animaux à la simplicité directe et à la dignité surprenante.

Si ces textes ne constituent pas l’apogée de leur auteur, s’ils pèchent parfois par insistance, ils n’en demeurent pas moins intéressants, plaisants à lire et parfaitement complémentaires de tout ce que Bukowski a pu représenter et écrire au cours de son existence. Avec toutefois ce brin de naïveté que l’on ne retrouvait pas forcément dans les flèches vitriolées du précédent recueil, Sur l’écriture.

J.F.


Sur les chats, Charles Bukowski – Au Diable Vauvert, septembre 2023, 167 pages


Posted

in

by

Comments

Laisser un commentaire