Le Daron : l’odyssée d’un (presque) Super-Papa 

Sacrifiez quelques précieuses minutes de votre temps de parent surmené pour plonger dans l’univers si juste et désopilant du Daron de Karim Zaouai. Sa bande dessinée nous raconte, entre tendresse et larmes (de rire, bien sûr), les épreuves quasi héroïques du quotidien paternel.

Extraire la sève de la parentalité en bande dessinée, c’est comme essayer de faire croire à un enfant que les brocolis sont aussi appétissants que des bonbons sucrés – une mission presque impossible. S’il ne fait qu’effleurer un sujet finalement inépuisable – contrairement aux parents, nous le verrons –, Karim Zaouai propose aux éditions Lapin un concentré mi-amusé mi-résigné, mais surtout d’une légèreté délectable, de ce que signifie être père au 21e siècle. Accrochez-vous à votre slip de super-héros du dimanche, ça va décoiffer.

Les parents ne le savent que trop bien : le temps est une ressource aussi rare que le silence dans une maison pleine d’enfants un mercredi après-midi. Entre les langes, les caprices, les devoirs et les couchers qui se transforment en négociations dignes d’un sommet de l’ONU, l’auteur et dessinateur Karim Zaouai met le doigt – tremblant d’émotions – sur le pouls effréné de la vie de père.

Dans ses planches, les enfants, faussement innocents, prennent les traits d’envahisseurs adorables mais tyranniques. Karim Zaouai les croque, et se met lui-même en scène, avec une tendresse moqueuse. Il se penche sur le talent inné de nos petites têtes blondes (ou pas, d’ailleurs) pour transformer un rhume en épidémie familiale, sur leur capacité à ruiner des vacances ou à prendre la parole, souvent longuement, quand papa et maman sont occupés à autre chose – par exemple : regarder les infos. 

Dans Le Daron, même un simple repas donné à un bambin peut se transformer en pastiche de duel western spaghetti, à la Sergio Leone. Plus loin, le père tente benoîtement de faire aimer à son rejeton les classiques de sa propre enfance, ici Dragon Ball Z. Le résultat ? Eh bien, disons que le Kamehameha n’a pas tout à fait l’effet escompté sur les nouvelles générations.

L’attrait de cette œuvre réside dans son universalité et sa simplicité. Chaque case est un fragment de vie, un élan humoristique qui apporte son éclairage sur les montagnes émotionnelles de la parentalité – et surtout de la paternité. Mais le message le plus touchant se trouve peut-être dans cette vérité irrévocable : aussi exténuant et absurde que puisse parfois être le rôle de parent, un vide abyssal s’installe dès le moment où nos enfants s’absentent. Comment, en effet, ne pas se retrouver soi-même, en tant que père ou mère, dans la représentation de ce couple se plaignant de ses mômes pour aussitôt pâmer d’admiration devant leurs photos, qu’ils font défiler sur leur portable ?

Alors, que vous soyez papa, futur papa, ou simplement un être humain curieux de savoir pourquoi certains hommes ont des cernes permanentes sous les yeux et un sourire à moitié fou sur le visage, Le Daron est probablement fait pour vous. Vous ne le regretterez pas, et c’est une promesse aussi solide qu’un lego sur lequel vous marcheriez en pleine nuit. Ça, croyez-moi, ça tient éveillé.

J.F.


Le Daron, Karim Zaouai – Lapin, août 2023, 144 pages


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