
Genre musical emblématique de la fin du XXe siècle, le rap représente bien plus qu’une simple forme d’expression artistique. Il est le reflet d’une histoire, d’une culture et d’une évolution sociale qui l’ont profondément préfiguré et conditionné. De ses origines dans les rues du Bronx aux États-Unis à son explosion en France, ce courant musical a toujours été un moyen pour les communautés marginalisées de faire entendre leur voix. À travers une série de six articles, nous explorerons l’évolution du rap, ses influences et son impact sur la société contemporaine. Le voyage sera forcément rythmé. En voici le second battement.
Naissance du rap aux États-Unis
Nous l’avons vu, la fin des années 1970 et le début des années 1980 ont été des moments déterminants pour le rap. C’est à cette époque que le genre, encore en gestation, a commencé à gagner en popularité et à se faire une place dans l’industrie musicale. Le single « Rapper’s Delight » de Sugarhill Gang, sorti en 1979, est traditionnellement considéré comme le premier enregistrement à avoir connu un succès commercial significatif. Il a non seulement introduit le rap auprès d’un public plus vaste que celui des block parties, mais il a également pavé la voie à de nombreux autres artistes.
En 1982, le groupe Grandmaster Flash and the Furious Five a occupé le devant de la scène avec « The Message », un rap poignant abordant des thématiques sociales telles que la pauvreté, la violence et la vie dans les ghettos. Ce morceau devenu emblématique montrait – déjà – que le rap peut tenir lieu d’outil puissant pour commenter et critiquer la société. D’autres artistes comme Run-DMC, LL Cool J et Public Enemy ont ensuite émergé, chacun apportant sa propre touche, bien identifiable, à l’évolution du rap.
Run-DMC, notamment, a beaucoup œuvré à la popularisation du genre. En fusionnant ce dernier avec le rock d’Aerosmith dans « Walk This Way », le groupe new-yorkais a élargi l’audience d’un genre qui restait à consolider. Public Enemy s’est quant à lui distingué par ses paroles engagées, souvent vindicatives. La bande de Chuck D a démontré les potentialités du rap dans le combat social et politique. Ces artistes, parmi beaucoup d’autres, tels que KRS-One ou N.W.A., ont validé le rap en tant que genre musical et ouvert les brèches dans lesquelles se sont engouffrées les générations futures de MCs.
Le premier âge d’or du rap (fin des années 1980 – milieu des années 1990)
Au tournant des années 1990 et jusqu’à la moitié de cette décennie, le rap expérimente et connaît une véritable explosion de créativité, donnant naissance à une multitude de sous-genres et de styles distincts.
Des groupes emblématiques comme A Tribe Called Quest, De La Soul et Wu-Tang Clan percent au grand jour et intègrent dans leurs morceaux des éléments de jazz, de funk et de soul. L’horizon du rap s’élargit régulièrement : d’une simple expression de rue, il est passé à une forme d’art complexe et multidimensionnelle, capable d’emprunter çà et là de quoi donner corps à ses chansons.
Avec N.W.A. et Ice-T, c’est le gangsta rap qui émerge, un sous-genre audacieux, irrévérencieux, souvent violent, qui n’hésite pas à aborder frontalement des sujets tels que la criminalité, la pauvreté et les rapports conflictuels avec la police. Malgré sa nature éminemment controversée, le gangsta rap a joué un rôle déterminant en mettant en lumière les défis auxquels étaient confrontées les communautés noires et latinos aux États-Unis.
Les années 90 ont été marquées par l’apparition de plusieurs superstars du rap. Des artistes tels que Nas, Jay-Z, Tupac Shakur ou Notorious BIG ont fait valoir leur capacité à allier des paroles poétiques à des beats puissants et mémorables. La plupart de leurs œuvres sont aujourd’hui considérées comme des classiques du genre et font l’objet d’une véritable vénération de la part de ses aficionados. Des jeux d’affinité et de rivalité pointent également : entre les deux côtes états-uniennes mais aussi pour s’arroger le titre honorifique de meilleur rappeur de telle ou telle ville (New York, en l’occurrence, pour Nas et Jay-Z).
Ce premier âge d’or assoit le rap en tant que moyen d’expression. Des enjeux majeurs tels que les droits civiques, la brutalité policière ou encore les inégalités économiques constituent la sève des lyrics des MCs. Des albums emblématiques comme Illmatic de Nas ou Enter the Wu-Tang (36 Chambers) du Wu-Tang Clan deviennent peu à peu de véritables manifestes culturels.
Il convient par ailleurs de souligner le rôle des femmes durant cette période. Des rappeuses comme Queen Latifah, MC Lyte et Salt-N-Pepa ont pris d’assaut la scène rap, abordant notamment des thématiques liées au féminisme, à l’identité et à l’émancipation. Comme leurs homologues masculins, elles ont contribué à poser les bases du rap moderne, influençant de manière considérable le genre et ses évolutions.
R.P.

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