
À n’en pas douter, l’histoire du cinéma, passionnante, émaillée de nouveautés et de ruptures, mérite un examen des plus attentifs. De par son infinie richesse, il nous faut cependant diviser cette évocation en plusieurs parties. Il y en aura donc neuf au total, dont nous vous livrons ici la troisième.
3. Le cinéma muet
3.1 Les caractéristiques du cinéma muet
Comme son nom l’indique, le cinéma muet se caractérise par l’absence de son synchronisé, c’est-à-dire de dialogues, de bruitages ou de musique enregistrés sur l’œuvre elle-même. Les premiers films étaient muets par nécessité technique, cette contrainte poussant les cinéastes à développer un langage visuel riche, autosuffisant, pour raconter leurs histoires. Les intertitres étaient utilisés avec parcimonie, pour fournir des éléments de contexte ou de dialogue. Les acteurs, quant à eux, devaient exagérer leurs expressions et leurs mouvements pour transmettre des émotions et des intentions sans l’aide de la parole. Le cinéma muet a également vu l’émergence de techniques cinématographiques spécifiques, comme l’utilisation de la lumière et de l’ombre pour créer une atmosphère, ou l’importance du montage pour donner du rythme à l’histoire. Autant d’apports qui vont s’inscrire dans la durée et redéfinir l’appréhension, tant artistique que publique, du septième art.
3.2 Les icônes du cinéma muet
Le cinéma muet a vu l’émergence de plusieurs icônes qui ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du cinéma. Des acteurs comme Charlie Chaplin, Buster Keaton et Mary Pickford sont devenus des visages familiers pour le public du monde entier. Personnage emblématique s’il en est, Charlot faisait valoir un savant mélange de comédie et de drame, tout en subvertissant les objets et en portant la silhouette à son apogée. Buster Keaton, connu pour ses cascades audacieuses et son visage impassible, a repoussé les limites de la comédie physique. Mary Pickford, « la petite fiancée de l’Amérique », était une actrice et productrice influente. Outre leur talent à l’écran, ces icônes ont également participé activement au développement de l’industrie cinématographique.
3.3 L’importance de la mise en scène et de la narration visuelle
Dans le cinéma muet, l’absence de dialogue parlé a rendu la mise en scène et la narration visuelle d’autant plus cruciales. La mise en scène fait référence à la disposition des éléments à l’écran, tels que les acteurs, les décors, les costumes et la lumière. Elle est utilisée pour guider l’œil du spectateur et renforcer les attributs de l’histoire. La narration visuelle, quant à elle, concerne la manière dont l’histoire est racontée à travers des images plutôt que des mots. Les cinéastes muets, tels que F.W. Murnau et Sergei Eisenstein, ont été des maîtres de la mise en scène et de la narration visuelle. Le premier est associé à l’expressionisme allemand et ses ombres tapageuses, quand le second a révolutionné le montage par ses théories affirmées.
3.4 La transition vers le cinéma parlant
La fin des années 1920 coïncide avec une période de transition majeure dans l’histoire du cinéma : l’avènement du parlant. Avec l’introduction du son synchronisé, le cinéma muet a progressivement cédé la place à des films où les dialogues, la musique et les effets sonores étaient pleinement intégrés à l’expérience capturée par la caméra. La transition vers le cinéma parlant a nécessité des innovations technologiques significatives, notamment le développement de systèmes d’enregistrement sonore et de projection. Certains des plus grands noms du cinéma muet, comme Charlie Chaplin, ont résisté à cette transition, parvenant à s’adapter et à prospérer dans l’ère du son. Cependant, comme l’a déclaré le réalisateur Damien Chazelle : « Pour 99 % des artistes à Hollywood, la transition du muet au parlant a été catastrophique. » Ainsi, des stars telles que Clara Bow ou Douglas Fairbanks disparaissent peu à peu des plateaux de tournage, un phénomène notamment mis en images dans The Artist (2011) ou Chantons sous la pluie (1952).
J.F.

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