Les extraterrestres au cinéma, exploration de l’inconnu

De tous temps, l’imagination fertile des cinéastes a donné vie à des mondes et des créatures parfois extraordinaires. Dans ce maelstrom créatif, les extraterrestres occupent une place de choix, incarnant tour à tour des menaces terrifiantes, des êtres bienveillants ou des entités énigmatiques. Penchons-nous plus avant sur leur(s) représentation(s).

La rencontre avec l’extraterrestre

Le cinéma est un espace fictif dans lequel l’humanité peut se projeter pour partie ou en totalité. Il demeure un moyen puissant, quasi inégalable, d’explorer et de questionner nos peurs, nos espoirs et nos rêves les plus profonds. Un élément particulièrement évocateur entre en résonance avec ces thèmes : les extraterrestres. Et tout commence, évidemment, par une rencontre.

Cette dernière peut survenir sous diverses formes, tantôt subtiles ou graduelles, tantôt soudaines ou belliqueuses. Les extraterrestres, comme toute figure de l’altérité, constituent un prétexte pour aborder des questions fondamentales sur ce qui forme l’essence des êtres humains et sur ce qui fonde leur rapport à l’inconnu.

Le film de science-fiction classique Planète interdite (1956) offre ainsi une rencontre diffuse, désynchronisée, avec l’extraterrestre. La suggestion l’emporte sur la monstration. Ce film brode sur l’idée de l’inconnu, en instillant la présence d’une civilisation extraterrestre avancée qui a depuis longtemps disparu, laissant derrière elle des artefacts technologiques incompréhensibles pour l’homme. Notre ignorance face à des formes de vie et de civilisation radicalement différentes des nôtres y est mise en saillie.

À l’opposé, les films Starship Troopers (1997), Alien (1979), Cloverfield (2008), Pacific Rim (2013) et Life : Origine Inconnue (2017) mettent en scène des rencontres directes et violentes avec des extraterrestres. Dans ces films, ces derniers se voient représentés comme une menace mortelle pour l’humanité, reflétant nos peurs de l’inconnu et de l’invasion. Sous couvert de spectacle fantastico-horrifique, une réflexion sur la façon dont nous réagissons face à la différence tapisse ces films. Cette réaction apparaît mue par la peur et le désir de survie.

Ces films posent aussi des questions sur la nature de notre interaction avec d’autres formes de vie. Dans Alien, l’androïde Ash viole le code de conduite de l’équipage en permettant au xénomorphe de monter à bord du Nostromo, mettant ainsi ses collègues en danger pour satisfaire la curiosité scientifique (et l’intérêt financier) de la Weyland Corporation. Dans Starship Troopers, les hommes ont déclaré la guerre à une espèce d’insectes extraterrestres, dans un conflit dépeint comme une conséquence directe de l’expansionnisme humain. Dans les deux cas, le danger vient autant de l’extraterrestre lui-même que de la façon dont les humains ont choisi de réagir en sa présence.

Tous ces films ont en commun de mettre en scène une rencontre avec l’extraterrestre qui finit par se confondre avec une exploration de notre propre humanité, de nos peurs et de nos aspirations. Qu’ils soient amicaux ou hostiles, invisibles ou terrifiants, les extraterrestres ne sont rien de moins qu’un miroir à travers lequel le spectateur peut observer ses propres hantises et comportements.

Sur Terre

Après avoir examiné la rencontre initiale avec l’extraterrestre, nous pouvons embrayer sur le moment, définitoire, où ces êtres parviennent à rejoindre la Terre. Les premiers contacts jouent un rôle crucial dans la fixation de l’interaction entre l’humanité et les extraterrestres. Elle peut grandement varier en termes de contexte, d’intentions, d’enjeux. 

Le lieu d’atterrissage choisi par les extraterrestres a souvent des implications significatives sur le déroulement de l’histoire. Par exemple, lorsque les extraterrestres atterrissent dans des lieux reculés comme le fond de l’océan dans Abyss (1989), l’Antarctique glaçant et désertique dans The Thing (1982) ou la forêt tropicale dans Predator (1987), ils contribuent à façonner un sentiment d’isolement, voire de claustrophobie, où un petit groupe de personnes, esseulé, doit faire face à l’inconnu sans pouvoir compter sur l’aide de ses pairs. Cela exacerbe la menace et l’incertitude associées aux extraterrestres.

Cependant, le plus souvent, les extraterrestres choisissent les États-Unis comme point d’ancrage, comme dans Mars Attacks! (1996), Super 8 (2011) ou E.T. l’extraterrestre (1982). Ce choix est à la fois pratique et symbolique : les États-Unis constituent souvent le centre de la production cinématographique, et de nombreuses histoires de science-fiction ont été enfantées par son industrie. De plus, en choisissant un lieu familier pour le public, les cinéastes peuvent jouer à la fois avec le sentiment d’identification et le contraste entre l’ordinaire et l’extraordinaire, rendant la présence des extraterrestres d’autant plus palpable et marquante.

L’apparence des extraterrestres contribue à déterminer la façon dont ils sont perçus. Par exemple, dans Mars Attacks!, ils sont représentés comme des versions caricaturales des petits hommes verts, avec une tête disproportionnée et des yeux éminemment globuleux. Cette incarnation humoristique se double d’un comportement hostile et destructeur, créant de ce fait une satire amusée, à double fond, de la peur des extraterrestres.

D’un autre côté, des films comme J’ai épousé une extraterrestre (1988), La Mutante (1995), Under the Skin (2013), They Live (1988), Contact (1997), The Faculty (1998) et L’Homme qui venait d’ailleurs (1976) présentent des extraterrestres qui prennent une apparence humaine pour mieux se fondre parmi nous. Cela soulève des questions passionnantes sur ce que signifie être humain et comment nous percevons l’autre. Ces films suggèrent que l’extraterrestre peut se trouver parmi nous, indiscernable, ce qui conduit à une exploration de l’identité, de la dualité et de l’altérité, dans un climat apaisé ou paranoïaque.

En fin de compte, la présence et la forme des extraterrestres sur Terre vont modeler la dynamique de leurs interactions avec les hommes. Qu’ils soient amicaux, hostiles ou dissimulés, qu’ils fassent le lit de la comédie ou de l’horreur, les extraterrestres ne cessent de questionner notre rapport à l’autre – ainsi que nos propres conduites.

Se prémunir ou se défendre contre l’invasion extraterrestre

Lorsque les extraterrestres arrivent sur Terre, l’humanité, faisant face à l’imprévu, peut répondre par une pluralité de réactions. La troisième partie de notre analyse va dès lors se concentrer sur la défense contre l’invasion extraterrestre, un thème récurrent, et central, dans de nombreux films de science-fiction.

L’armée apparaît souvent en première ligne dans cette lutte à mort contre les aliens. Des films comme World Invasion : Battle Los Angeles (2011) et Edge of Tomorrow (2014) montrent des contingents militaires engagés dans des conflits intenses contre des forces extraterrestres. Ils explorent des thèmes comme le courage, le sacrifice et la résilience face à une menace redoutable, voire insurmontable.

Parallèlement à l’action militaire, de nombreuses œuvres impliquent des brigades spéciales clandestines pour faire face à la menace extraterrestre. C’est le cas des séries X-Files (1993-2002, 2016-2018) et de la saga Men in Black (1997-2019). Ces organisations secrètes opèrent dans l’ombre pour protéger l’humanité, ajoutant une couche de mystère et de conspiration à l’intrigue.

Mais l’arrivée des extraterrestres n’est pas forcément synonyme de menace militaire. Parfois, ces créatures venues d’ailleurs sont porteuses d’intentions pacifiques et cherchent à prendre langue avec les hommes. Le Jour où la Terre s’arrêta (1951, remake en 2008) en est un exemple classique : l’extraterrestre Klaatu apporte un message de paix et d’avertissement pour l’humanité. Dans ces cas, la communication devient un enjeu majeur, qui peut être abordée de différentes manières, par exemple via le mimétisme, l’écriture, la musique ou même la télévision. D’Abyss à Premier Contact (2016), le dialogue prend en effet des formes variées. 

Ces différents scénarios, auxquels on peut ajouter le chaos urbain de La Guerre des mondes (2005) ou le comique parodique de Paul (2011) ou du Dernier Pub avant la fin du monde (2013), illustrent comment l’invasion extraterrestre peut investir une grande variété de champs, allant de l’agression militaire à la diplomatie, la communication ou l’absurde. Cela reflète nos points de vue indécis sur la façon dont l’humanité pourrait et devrait réagir face à la présence d’une vie intelligente non humaine. 

De plus, ces différentes approches s’appréhendent comme autant de métaphores de nos propres conflits et de nos efforts, individuels ou concertés, pour résoudre les problèmes mondiaux. Que ce soit en faisant la guerre, en établissant des défenses secrètes, ou en cherchant à communiquer, notre réponse aux extraterrestres fait écho, invariablement, à notre propre humanité.

L’intégration des extraterrestres

La quatrième partie de notre exploration de la représentation des extraterrestres au cinéma aborde leur intégration parmi les populations humaines. Ce thème est fréquemment exploité dans la science-fiction, avec des scénarios qui permettent de réfléchir aux questions d’inclusion, d’identité et de coexistence.

Dans certains films, les extraterrestres cherchent asile sur Terre, fuyant souvent des problèmes sur leur propre planète. Le film District 9 (2009) présente une situation dans laquelle les extraterrestres, réfugiés, sont ostracisés et parqués dans des bidonvilles pour y être traités comme des citoyens de seconde zone. Le choix de l’Afrique du Sud comme cadre spatial et les appellations vexatoires telles que « mollusques » ou « crevettes » laissent peu de doutes quant aux intentions des auteurs. Futur immédiat, Los Angeles 1991 (1988) explore une prémisse similaire, où des extraterrestres réfugiés cohabitent difficilement avec les humains. Ces films soulèvent des questions importantes sur la discrimination, l’injustice sociale et les droits de l’homme, reflétant les problématiques contemporaines touchant à l’immigration et au traitement des réfugiés.

D’autres films présentent des extraterrestres qui parviennent à s’intégrer parfaitement à la société humaine. Dans Coneheads (1993), une famille d’extraterrestres vit incognito dans une banlieue américaine, offrant une satire humoristique de la vie suburbaine. Cette représentation suggère une coexistence plus harmonieuse entre les humains et les extraterrestres, bien qu’elle soit ici source de comédie.

En plus de ces questions d’intégration sociale, de nombreux films mettent en avant les pouvoirs extraordinaires que peuvent posséder les extraterrestres. Superman demeure sans doute l’exemple le plus célèbre d’un extraterrestre qui utilise ses pouvoirs pour le bien de l’humanité. Dans Cocoon (1985), ces entités non humaines possèdent la capacité de rajeunir les personnes âgées, ouvrant la voie à une réflexion sur le vieillissement et la mortalité. Dans Mission to Mars (2000), les extraterrestres ont le pouvoir de créer la vie sur Terre, ce qui pose des questions fascinantes sur l’origine de la vie et notre place dans l’univers.

L’intégration des extraterrestres permet d’aborder des thèmes complexes et multiples, allant des problématiques sociales à des réflexions plus philosophiques sur la nature humaine et notre place dans l’univers. Cela démontre la richesse et la profondeur de la science-fiction en tant que genre, capable de traiter de questions essentielles de manière décentrée, allégorique et originale, parfois frontalement, d’autres fois en sous-texte. 

Iconiques, perpétuels

Deux grandes visions de l’extraterrestre tendent à s’opposer dans l’imaginaire collectif. Côté pile : Alien (1979) et ce xénomorphe au crâne ovoïde et à la double mâchoire baveuse, révélé graduellement dans un crescendo d’effroi savamment orchestré. Côté face : E.T. l’extraterrestre (1982) et cette créature attachante cherchant à communiquer avec le jeune Elliott dans un effort de compréhension mutuelle et de coexistence pacifique.

Cela témoigne au moins d’une chose : les extraterrestres, quelle que soit la sensibilité qu’ils supportent, restent une source inépuisable d’inspiration et de fascination au cinéma. Ils nous permettent d’explorer l’inconnu, de questionner notre humanité et de rêver à d’autres formes de vie. Amis ou ennemis, visibles ou invisibles, ils ne cessent de peupler nos écrans et de nourrir notre imaginaire.

J.F.

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