James Devlin dans Oz : la politique incubatrice des tensions carcérales

Malgré un temps d’écran relativement restreint, James Devlin, gouverneur impitoyable mais charismatique, s’inscrit au frontispice de la série Oz. La raison en est simple : en intégrant des préoccupations psychosociales et politiques dans le microcosme de la prison d’État d’Oswald, la série de Tom Fontana déconstruit patiemment le système pénitentiaire américain. Elle s’attache à présenter une vision complexe et multidimensionnelle de la politique carcérale et de ses conséquences, à la fois sur les détenus et sur le personnel. Les tensions se trouvent ainsi exacerbées par des décisions politiques davantage soucieuses des budgets que des besoins primaires ou secondaires des détenus.

La peine de mort 

James Devlin est introduit comme un fervent partisan de la peine de mort. La sentence capitale a beau insuffler un sentiment de fatalisme inébranlable à Oz, le gouverneur y voit avant tout un instrument précieux, à triple finalité, électorale, financière et cathartique. Les condamnations à mort font alors écho à une société qui se contente d’éliminer les problèmes au lieu de les résoudre. On ne problématise plus le crime, on le dissimule sous le tapis poussiéreux du châtiment suprême. 

Le cas de Jefferson Keane, premier condamné à mort de la série, illustre parfaitement la mise en scène d’une politique vainement punitive. Cette exécution à contre-courant d’un prisonnier en voie de rédemption révèle l’arbitraire de certaines décisions politiques. Et l’insouciance glaçante de Devlin face à la disparition d’un homme contraste fermement avec la gravité du sujet, ce qui contribue à établir, par analogie, un parallèle avec l’impersonnalité des politiques pénales.

Cyril O’Reily, un prisonnier accusant un retard mental conséquent, se verra lui aussi condamné à la peine capitale. Malgré la pression des mouvements progressistes, conscients que ses capacités intellectuelles limitées affectent son jugement et par ricochet sa responsabilité, James Devlin réaffirme son soutien sans faille au châtiment suprême. Aucune conscience, juste une violence, privée, qui en appelle une autre, collective.

Les cigarettes et les visites conjugales 

En tant que symbole de l’autorité publique et du pouvoir exécutif, James Devlin utilise les règles carcérales comme des outils pour manipuler les émotions des prisonniers, exacerbant de ce fait les tensions internes à Oswald. La suppression des cigarettes, présentée comme une mesure de santé publique, s’apparente en réalité davantage à une provocation. Dans un contexte pénitentiaire où tout est électrique, les discordes redoublent lorsque la nicotine, parfois seule échappatoire, disparaît. 

En parallèle, l’interdiction des visites conjugales renforce l’isolement des prisonniers, en les privant d’un lien vital avec le monde extérieur. Ce qui les rattachait à une vie normale, ce qui les apaisait et les humanisait, ce qui a fondé leur histoire intime personnelle est rejeté d’un bloc au nom de politiques publiques vexatoires et contre-productives. 

Les soins de santé 

L’accès aux soins de santé, un droit fondamental dans une société prétendument civilisée, est présenté dans Oz comme une marchandise que les détenus et le personnel de la prison doivent âprement négocier. Une variable d’ajustement autour de laquelle les compromis, bien que douloureux, se multiplient. La détermination du gouverneur Devlin à privilégier l’économie sur l’humanité se reflète avec éclat dans les politiques sanitaires restrictives mises en place au pénitencier d’Oswald. 

Le premier détenu à en faire les frais sera Miguel Alvarez. Il a violemment agressé un gardien, il n’est plus en position de faire de mal à qui que ce soit, alors pourquoi ne pas le laisser se débrouiller seul, en isolement, avec ses fêlures psychiques béantes ? Même la perspective de le voir se suicider faute d’antidépresseurs ne semble pas peser dans ces décisions absurdes. 

Un spectacle permanent

Les politiques de James Devlin, souvent théâtrales, érigent la prison en un spectacle permanent. C’est le cas du programme Emerald City, une tentative de réforme par la surveillance accrue (panoptique, foucaldienne) qui dégénère rapidement, malgré les bonnes intentions de son fondateur, l’idéaliste Tim McManus. Cette Cité d’Émeraude mute en une arène chaotique où chaque détenu brandit ses armes, offensives (violence) ou défensives (drogues), pour survivre. 

Pointe avancée de ce spectacle, sur laquelle l’imam Kareem Saïd rédigera un ouvrage : la mutinerie des détenus, qui clôture la première saison. L’émeute à Em City, fruit des frustrations accumulées, résonne comme un cri de détresse, la complainte désespérée d’une population carcérale privée de ses droits les plus élémentaires. Pour Kareem Saïd, qui orchestre les événements plus qu’il ne les subit, les émeutes ne constituent toutefois pas seulement des actes de désespoir, elles tiennent aussi lieu de revendications politiques. Car c’est bien là que se niche la crise qui couve et soudain s’embrase.

L’éducation en prison 

Dans son indifférence avérée vis-à-vis de la réhabilitation des détenus, préoccupation qui devrait pourtant faire l’unanimité, James Devlin arbore une méconnaissance profonde des potentialités de l’éducation en prison. La série illustre ces bienfaits éventuels grâce à des personnages comme « Le Poète », qui parvient à outrepasser, un moment, son passé criminel grâce à la littérature. L’ignorance du gouverneur en la matière reflète en fait une politique plus large de négligence envers la réinsertion des prisonniers, tenus pour quantité négligeable de qui l’on n’attend plus rien, si ce n’est l’ordre et l’aliénation.

La corruption et l’abus de pouvoir 

Le personnage de James Devlin incarne l’abus de pouvoir et la corruption dans les affaires publiques – et a fortiori carcérales. Sa connivence avec le directeur de la prison, Leo Glynn, bien qu’ambivalente, révèle l’omniprésence de la chose politique dans le système pénitentiaire. 

Ce que le gouverneur entreprend saison après saison, c’est transformer Oswald en tremplin électoral, au point de faire de Glynn son alibi afro-américain lors d’une course à l’investiture. L’institution pénitentiaire ne sert finalement qu’à promouvoir le propre agenda politique d’un homme véreux, pour qui l’exacerbation des tensions carcérales constitue peut-être le meilleur des anabolisants électoraux, en légitimant ses discours radicaux et ses mesures drastiques.

Machiavélisme et duplicité

James Devlin est un prisme à travers lequel nous pouvons examiner la manière dont la politique contribue à porter les tensions carcérales à incandescence. Machiavélique, manipulateur, le gouverneur privilégie sa carrière politique au détriment de la raison et de l’humanité. Ses décisions ont systématiquement pour effet de laisser infuser, dans la population pénitentiaire, fatalisme et désespoir, haine et rancœur. Bien qu’exagérée pour les besoins de la dramatisation narrative, la série de Tom Fontana scrute par le menu les conséquences funestes de l’aveuglement politique et idéologique sur les détenus et leurs conditions de vie. 

J.F.


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  1. Avatar de Lexique des séries télévisées (1/2) – RadiKult'

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